Délivre-nous du mal
Pourquoi?
Pourquoi tout ça?
Pourquoi ton sang qui coule et ta
bouche qui a soif?
Pourquoi ton corps qui a mal et ton
coeur qui pleure?
Pourquoi tant de haine après tant de
tendresse?
Pourquoi tant d’indifférence et tant
de moquerie?
Pourquoi?

Tu me demandes pourquoi?
Demande plutôt pour qui?
Et je te répondrai que c’est pour toi.
Parce que je t’aime, je ne pouvais que
m’approcher de toi et essayer de
te séduire. Parce que je t’aime, je
devais mettre en ton coeur la force
d’aimer mais aussi de haïr, et dans
tes bras la force d’embrasser mais
aussi de frapper.

Tu dis que la souffrance t’empêche de
vivre à plein.
Tu dis que ton corps malade t’empêche
de courir, de travailler comme tu
voudrais.
Tu dis que ton esprit souffrant
t’empêche de penser clairement.
Tu dis que la souffrance de l’autre te
désarme et te fait mal.
Je sais tout ce que la souffrance
t’empêche de faire. Mais je sais aussi
ce que la souffrance ne pourra jamais
t’empêcher de faire:
elle ne pourra jamais t’empêcher
d’aimer.
Car aimer ne dépend ni de la vigueur
de ton corps, ni de l’agilité de
ton esprit, ni de la longueur de tes
jours. Aimer ne dépend que de toi.

Regarde-moi. Que me reste-t-il? Je
n’ai plus d’ami, plus de forces,
plus de paroles. Il ne me reste que ma
souffrance. Et c’est avec elle
que je sauve le monde, que je te
sauve, toi. Oui, je t’aime de toute ma
souffrance.
Souffrir avec toi me fait te
comprendre jusqu’au bout.
Souffrir pour toi me fait t’aimer
jusqu’au bout.
Ne gaspille aucune de tes larmes dans
la révolte, mais donne un coeur à
ta souffrance.

Quand tu es fort, tu sais, tes gestes
et tes paroles sont si
facilement entachés, contaminés par
ton orgueil. Même dans tes mots
d’amour, tu te regardes et t'admires
beaucoup. Mais dans tes larmes, il
n’y a pas de place pour l’orgueil; il
ne te reste plus que ta faiblesse.
Et cette faiblesse-là peut devenir pur
amour. Il n’y a pas d’amour plus
grand et plus pur que la souffrance
qui aime. Oui, donne un coeur à ta
souffrance.

J’ai descendu au plus profond de votre
mal. Je suis devenu votre
compagnon de misère, non pour y
demeurer ou vous en sortir par un
miracle, mais pour sortir votre
souffrance de la révolte et du
désespoir
et pour en faire avec vous un chemin
de croissance dans l’amour.
Donne-moi la main. Vois, je suis tout
près de toi et je souffre avec
toi et je pleure avec toi. Laisse-moi
t’apprendre à donner un coeur à ta
souffrance. Donne-moi la main,
ensemble nous sommes indestructibles.
Aucune souffrance ne pourra nous
détruire. Regarde-nous faire toi et
moi: nous lui jouons un bon tour à la
souffrance: nous en faisons ce
qu’il y a de plus beau au monde. Nous
en faisons de l’amour.
Donne-moi la main. N’aie plus peur. Je
suis là pour t’aider. Je suis là
pour t’aider à traverser les eaux
troubles du désespoir. Je me jette
dans la souffrance devant toi. Comme
un pont jeté sur l’eau trouble, tu
me trouveras.
Auteur: Georges Madore, s.m.m.
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