Le
ruisseau
Qui
n'a pas un jour, tout comme moi, fait
l'expérience
de traverser d'un bond un ruisseau pour la
première fois?
Je me souviens encore aujourd'hui de cet
exploit.
Nous étions une bande de joyeux compagnons
partis
jouer près d'un ruisseau. Ce ruisseau nous
fascinait tous.

Un jour, les plus téméraires décidèrent de
le traverser.
Lorsque vint mon tour, j'en fus incapable. La
peur
me nouait les entrailles. Je m'imaginais que,
dans mon
élan, je deviendrais aussi lourd qu'une pierre
et que mon
corps tomberait au beau milieu de ce petit cours
d'eau.

Et là, j'entendis mes amis me dirent:
"Allez, tu es capable!"
D'autres, plus frondeurs, raillaient: "Tu
as peur!"
J'avais effectivement très peur mais, ne
voulant l'avouer,
ne voulant pas perdre la face, je leur dis:
" Je n'ai pas
peur, je n'en ai tout simplement pas
envie!"

C'est alors que le plus grand de mes amis
enjamba le
ruisseau, déposant solidement un pied sur
chaque rive et
me tendant la main. "Si tu veux traverser
et venir nous
rejoindre, je vais t'aider." J'avais une
décision à prendre:
j'avais le goût de rejoindre mes amis mais
j'avais en
même temps très peur de faire le saut. En
prenant sa main,
je me suis senti quelque peu rassuré et j'ai
décidé, avec
son aide, de m'élancer. Une seconde plus tard,
j'étais
de l'autre côté du ruisseau, accueilli par les
cris de joie
de mes amis.

Je me rappelle encore très bien le sentiment
qui montait
en moi. Une grande plénitude, une fierté
d'avoir accompli
quelque chose de grand, un geste héroïque.
J'étais devenu
un héros, trop jeune pour réaliser que le vrai
héros était la
confiance que j'avais accordé au grand qui
m'avait aidé
à traverser. J'avais toutes les raisons d'être
fier de moi et
de me remplir de cette béatitude qui
m'habitait.

Aujourd'hui, je suis retourné au ruisseau. Bien
encadré
entre ses deux rives, celle de la vie terrestre
sur laquelle
j'étais et celle de la vie éternelle, qui me
faisait face,
invitante et accueillante. J'étais envahi de
cette même peur
de faire le saut. J'entendais les mêmes
invitations de mes
amis qui eux, avaient déjà traversé. Mais
j'avais cette peur
qui me faisait hésiter à bondir sur l'autre
rive.

C'est alors qu'un plus grand que moi enjamba le
ruisseau
et me tendit la main. Comme du temps de mon
enfance,
je lui fis confiance et décidai de faire le
grand saut, mon
dernier saut. Ce bond ne dura qu'un instant et
cet instant
me transporta vers un bonheur qui ne se décrit
pas
par des mots.

Ce grand qui m'a tendu la main, vous l'avez vous
aussi
reconnu sans doute, c'est le Christ. Il m'a fait
traverser
le ruisseau de la mort qui coule entre deux
rives de vie.
Ce geste héroïque que je viens de faire, c'est
ma Foi qui
me l'a permis et, je peux le reconnaître
aujourd'hui,
c'est elle la vrai héroïne de mon passage sur
l'autre rive.
Cette Foi m'a définitivement débarrassé de
mes peurs, de
mes souffrances, de mes inquiétudes, de mes
doutes.

Mes amis, le jour où vous déciderez de
traverser ce
ruisseau, je serai en compagnie du Christ et je
vous
aiderai à traverser, tout heureux de vous
accueillir sur
l'autre rive. J'ai un petit secret à vous
confier: l'eau du
ruisseau, vue de la rive terrestre, me faisait
peur et avait
un goût de mort. Lorsque je la vois de l'autre
rive, elle
devient paisible, attirante comme l'eau vive et
à un
goût d'éternité.

Je suis heureux, vivant ma Foi.
Je veille sur vous et je vous attends
sur l'autre rive.
Auteur: Marc Benoit©
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