Véronique


Véronique file joyeusement ses quatre-vingt-quatre ans.
C'est une belle " petite vieille " aux cheveux tout blancs et aux
yeux doux et légèrement taquins derrière ses lunettes d'argent.

Je l'appelle tendrement " ma détricoteuse ". C'est que Véronique
passe ses grands après-midi  " à détricoter"  les vêtements qui ne
se portent plus aujourd'hui. Elle défait les chandails, les robes,
les bas... et roule d'énormes boules de laine. Ensuite elle "retricote"
des tuques, des "crémones", des mitaines, pour les enfants qui jouent
dehors toute la journée en hiver, puis des bas et des pantoufles pour
les "vieux le soir, quand ils regardent la télévision".

Elle me dit:
"Maintenant que mes enfants sont tous élevés,
j'ai beaucoup de temps devant moi...
Alors, je détricote et je retricote...
Ça passe le temps,
puis ça rend service aux plus pauvres..."

Ce qu'elle ne dit pas,
c'est qu'elle passe aussi ses avant-midi
à prier le bon Dieu:
d'abord, chez elle, elle récite son rosaire
pour ses dix enfants et ses vingt petits-enfants.
Ensuite, elle se rend à l'église
pour la messe de onze heures.
Après la messe, elle reste à l'église
pour ses "dévotions":
une prière à saint Jude pour les plus désespérés,
une à saint Antoine pour les "objets perdus",
une à saint Joseph pour les malades
et une à la sainte Vierge pour les mamans.
Elle finit par un chemin de croix
pour les " âmes les plus abandonnées ".

Un jour, elle m'a dit:
" Plus je prie le bon Dieu,
plus j'ai le goût de le prier.
J'ai hâte d'aller le retrouver dans son paradis ".
Mais elle ajoute tout de suite:
" Tu sais, quand je rencontre des pauvres au vestiaire,
quand je les habille et les encourage,
je vois le bon Dieu là aussi.
Ça me prépare au ciel ! "

Véronique me dit souvent:
" Que le bon Dieu est bon de me
donner une aussi belle vieillesse...
et de me rendre utile pour les autres!"


                                            Auteur: Jules Beaulac

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