C'est bien plus pire!


Un enfant accourt en pleurs vers son papa.
Qu'as-tu mon gars? Est-ce qu'on t'a battu?
Non, c'est bien plus pire.
C'est Nicole qui t'a chipé ton jouet?
C'est bien plus pire.
Je l'ai, c'est le chien qui t'a mordu. Ah! ce vilain pataud!
Non, non, c'est bien plus pire.
Voyons Pierrot. Sèche tes larmes et dis-moi ce qui
est arrivé.
Euh! Je jouais à la cachette avec beaucoup de
mes amis. Euh! Je me suis caché et puis ils sont
partis. Ils m'ont oublié! Je te l'avais dit que
c'était plus pire.

Quelle leçon dans cet événement qui m'a été conté
comme un fait. Ils m'ont oublié!
Une des grandes aspirations de chaque personne est
d'être reconnue. Reconnue pour ce qu'elle est et pour
ce qu'elle fait. Quel terrible affront que celui de ne
pas faire cas de quelqu'un dans un groupe, de
l'oublier. Et comme c'est facile de détruire quelqu'un
en faisant comme s'il n'existait pas, de l'oublier.

Et pourtant! Quel terrible examen de conscience
notre société pourrait faire. Les oubliés, les pauvres,
les petits, les souffrants, les sans-avoir, les sans-pouvoir.

Et chacun de nous. Nous avons oublié Pierre qui était
un ami de jadis et qui attend un coup de téléphone: il a
besoin de la chaleur de notre amitié. Nous avons oublié
Madeleine terriblement seule depuis que Jacques l'a
quitté. Nous avons oublié le petit Yannick, notre
dernier, parce que nous travaillons tous deux le jour
et que le soir, il faut bien sortir. Nous avons oublié
Francine qui est ballottée dans son adolescence et
qui attend désespérément le coeur ouvert de papa,
de maman. Nous avons oublié Éric qui serait tellement
heureux d'avoir son sourire en entrant en classe. Nous
avons oublié... nous avons oublié... nous les avons
tous oubliés... C'est bien plus pire!

Une chance. Dieu, lui, n'oublie personne. Ce Père,
plein de tendresse et de miséricorde, nous connaît et
nous appelle par notre nom.
"Si tous devaient t'oublier, moi jamais je ne t'oublierai":
Il l'a dit.

Oublieux que nous sommes: c'est peut-être ce qu'il
y a de plus pire!

                                                                      Auteur: Jean-Guy Hamelin
                                                                    Évêque de Rouyn-Noranda

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