Elle lui a dit !



L’homme partait, Seigneur, je ne sais où,
pour vivre je ne sais quel moment important de sa vie.
Penché vers sa vieille maman,
il l’embrassait tendrement,
et elle,
l’embrassait plus tendrement encore,
Puis retenant son visage entre ses mains tremblantes,
Elle murmura :
« Va, mon petit, je serai avec toi ».



Il y eut un long silence…
Puis elle ajouta :
« Le crois-tu ? »
« Oui Maman »,
dit-il.
Il partit.
Et elle,
de son regard mouillé,
de loin l’accompagna.



Plus tard l’homme me dit,
qu’à chacun de ses départs lointains,
il en était ainsi,
et que dans les moments difficiles,
c’était sa force à lui,
de croire que sa Maman,
de son amour l’accompagnait.



Et moi ce soir,
méditant,
je réalise tout à coup Seigneur,
que ce sont les mêmes paroles,
que Toi tu prononças,
quand de nous, tu pris congé,
pour retourner au Père
" Je serai avec vous… jusqu’à la fin des temps."



Et je suis sûr que de nous tu attends la même réponse
que le fils à sa mère,
oui, nous le croyons.
Tu le sais Seigneur, je suis faible,
et souvent, dans les moments difficiles,
je cherche pour me soutenir une « présence » amie.



J’ai besoin d’une parole,
d’une main à serrer,
d’un visage à embrasser
mais j’ai compris maintenant qu’une présence physique
n’est pas forcément le signe d’une présence réelle.



Deux êtres peuvent se voir,
se toucher
et même très fort s’embrasser,
mais demeurer loin,
très loin l’un de l’autre,
séparés,
si l’amour entre eux,
par l’intérieur, ne les unit.



Combien de mains serrées ne sont que comédie !
Combien de couples,
depuis longtemps couchés, dans le lit d’habitudes
ne sont que deux solitudes,
campant de part et d’autre
d'un infranchissable fossé !
Mais je crois aussi
de toutes mes forces Seigneur,
que deux êtres l’un de l’autre cruellement éloignés,
par l’espace ou le temps,
peuvent se rejoindre,
s’unir,
vivre en communion profonde,
si l’amour en eux est vivant.



Je le crois pour les hommes Seigneur,
alors, comment ne pas le croire pour Toi.
puisque tu nous aimes INFINIMENT,
ta présence à chacun de nous,
ne peut être qu’INFINIE.
Présence Réelle,
présence Totale,
toujours et partout.



Rien Seigneur ne peut nous séparer de Toi,
Rien qui ne vient de Toi
Mais seulement ce qui vient de nous,
Et d’abord…
Notre manque de foi.



Ce soir, Seigneur,
Tu me répètes :
« Je serai avec toi jusqu’à la fin des temps. »
et tout bas tu m’interroges :
«  Le crois-tu ?  »
Oui Seigneur, je le crois,
mais augmente ma foi.



Donne-moi de vivre toujours
en ta présence d’amour
toi qui m’accompagnes en mes voyages quotidiens,
comme cette vieille Maman
accompagne son fils de son amour fidèle.



Aide-moi à travailler en Ta présence,
à me réjouir en Ta présence,
à me reposer en Ta présence,
car si je pensais que Tu es là, Seigneur,
si je m’ouvrais à Ton amour qui s’offre,
jamais plus ne serai seul,
jamais plus ne serai faible
et je ne pourrais plus, devant Toi,
faire le mal que j’ai envie de faire
non pas comme le petit enfant
qui a peur que sa Maman le voit
et craint d’être puni.
Mais comme le grand fils
qui découvrant l’immense amour de sa mère,
par sa vie ne désire qu’une seule chose :
Lui rendre grâce.



                                Auteur:  Michel Quoist



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