Dimanche


C'est aujourd'hui dimanche, Seigneur.
L'église, ce matin, était presque vide.
J'y suis resté longtemps après la messe.
Il me semblait qu'il fallait quelqu'un pour te consoler
de l'absence de tant de gens.



Je me souvenais des dimanches d'autrefois,
alors qu'il ne nous serait jamais venu à l'idée
de porter les vêtements de la semaine.
En ce temps-là, nous partions, en famille
dès que nous entendions les cloches sonner.
Nous allions te remercier pour la semaine qui venait
de finir et te demander de bénir celle qui commençait.
Tout était en latin.
Et pourtant, c'est comme si nous avions compris
que tu es un Dieu grand, un Dieu fort, un Dieu saint.



Bien sûr, parfois, nous aurions préféré jouer
plutôt que d'accompagner nos parents à l'église.
Mais, soit par crainte et par amour,
nous allions nous recueillir et écouter le
sermon du prêtre dont nous aurions à rendre
compte le lendemain à l'école.



Quand nous revenions de la messe,
c'était la joie dans la maison.
Tous ensemble, nous dressions la table
avec la nappe et les couverts du dimanche.
Et le repas ne ressemblait pas à ceux de la semaine.
Les mets étaient un peu plus recherchés.
Nous prenions le temps de causer et de rire
en les dégustant.
Même la façon dont nous lavions la vaisselle
était plus joyeuse ce jour-là.



Et puis, nous partions rendre visite à nos grands-parents
qui nous attendaient toujours avec quelques surprises.
Parfois, nous aurions aimé rester avec nos amis
pour nous amuser et rigoler.
Mais le respect dû à grand-père et à grand-mère,
le souci de ne pas les décevoir
et l'affection que nous leur portions
faisaient que nous accompagnions toujours
nos parents.



Et le soir de chaque dimanche
nous ramenait au salon, autour du piano.
Que nous avons avons chanté tous ensemble !
Le dimanche c'était le jour où, comme par magie,
on oubliait les querelles de la semaine.
C'était le jour où on recommençait à neuf
notre vie familiale dans la simplicité et le bonheur.



Certes, à mesure que nous grandissions,
un ami venait se joindre à nous
ou nous allions rejoindre une amie, chez ses parents.
Des couples se formaient déjà qui, loin de diminuer
la famille, allaient lui permettre de s'agrandir.
Le dimanche, Seigneur, c'était ton jour.
C'était le jour de la famille.



C'est aujourd'hui dimanche, Seigneur,
et je ressens la nostalgie des dimanches d'antan.
Mes enfants et mes petits-enfants ne les vivent plus
du tout de la même manière.
Ils semblent avoir perdu le sens de ce jour.



Ils portent leurs vêtements de semaine.
Ils ne vont plus à la messe,
ne se rassemblent plus autour de la table familiale,
ne viennent presque jamais me rendre visite, ce jour-là.
Le dimanche est devenu, Seigneur,
un jour comme les autres
où l'on s'habille comme d'habitude,
où l'on travaille comme d'habitude,
où l'on magasine comme d'habitude,
où l'on court comme d'habitude.



Seigneur, je ne veux pas pleurer sur mes souvenirs
et refuser la vie des temps actuels.
Mais accorde-moi de voir comment, aujourd'hui,
le monde que l'on dit moderne
peut célébrer ton jour et développer
le sens de la famille.


                                  Auteur:  Denise Lamarche



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