Comment vas-tu Jésus ?
Comment vas-tu,
Jésus?
Cette question
ne cesse de me hanter depuis hier.
Quelle belle
réception tu as eu hier, à Jérusalem!
J’étais
tellement heureux de te voir venir dans ma ville!
Du haut des
murailles, je t’ai longuement, très longuement observé.
Tu affichais un
sourire timide et un regard serein.

Tout en
observant ce qui se passait autour de toi,
je me suis
accroché littéralement à ton regard :
Il était, à n’en
pas douter, tranquille, posé, doux,
mais il y avait
autre chose qui pointait,
comme une lueur
dans une lueur;
C’est difficile
à expliquer, mais je vais essayer.

C’est comme si
une sorte de mélancolie
se disputait
l’espace paisible de ton regard;
À moins que ce
soit de la tristesse, de la fatigue;
À moins que ce
soit de la résignation, de l’abandon.
Tu vois comme je
suis mêlé, imprécis.

Je voyais toute
cette foule en liesse qui te pressait.
Je t’ai même vu
prendre un enfant dans tes bras,
un bébé que sa
mère t’a remis,
le temps de
faire environ dix pas d’âne avec lui.
Il est évident
que tu aimes les enfants.
Tu as toujours
démontré une affection particulière pour eux.

Les gens ne
cessaient de te presser, au grand désarroi de tes disciples.
J’enviais cette
foule et, en même temps, je ne voulais pas être en bas.
Je préférais
demeurer ici, en haut des murailles,
me priver de ta
proximité pour mieux boire ton regard.

J’essaie de
saisir quelque chose de ton regard et je me suis dit :
« Jésus est
préoccupé par quelque chose,
mais je ne sais
pas par quoi, au juste.
Il ne participe
pas à la liesse de la foule.
Sans repousser
les débordements joyeux,
il ne fait pas
corps avec ces derniers. »

Comment vas-tu,
Jésus?
Je sais
maintenant pourquoi je ne voulais pas être de la foule :
Je désirais
ardemment avoir un entretien particulier avec toi
et je savais
que, dans la foule, cela serait impossible.
C’est
précisément pour cela que je te cherche aujourd’hui.
Je suis allé au
Temple et tu n’y étais pas
et personne ne
t’a aperçu depuis l’aube.
Je reviens tout
juste de la synagogue des Affranchis;
Pas de trace de
toi, là non plus.

Je suis inquiet,
Jésus, terriblement inquiet.
Ton regard de la
veille ne me quitte pas;
Il m’assaille,
il ne me laisse aucun répit.
À force de le
considérer, d’en tenir compte,
j’en suis venu à
échafauder plus d’un scénario,
expliquant
l’inexplicable qui luit dans tes yeux.
Mais je ne suis
pas satisfait de mes déductions.

Je veux te
rencontrer seul à seul.
Je veux que tu
me rassures, car, présentement, tu m’inquiètes.
Comment vas-tu,
Jésus de Nazareth?

J’ai tellement
joué avec mes scénarios
Que maintenant,
un pressentiment s’est installé :
Quelque chose de
grave va survenir te concernant,
un événement que
tu n’attends peut-être pas.
Non! Je me
trompe : tu t’en attends sûrement,
sinon, tu
n’afficherais pas cette inquiétude,
à moins que ce
soit tout simplement de la lassitude,
causée par
l’exigence du voyage.

Tu comprends
maintenant pourquoi je tiens tant à te rencontrer :
Je suis inquiet,
je pressens le pire,
mais je ne sais
pas ce que serait le pire pour toi.
En fait, c’est
difficile à imaginer
qu’il puisse
t’arriver un malheur quelconque,
à considérer la
façon dont nous t’avons accueilli hier.

J’ai beau me
dire tout cela, la paix ne revient pas en moi;
Mon
pressentiment m’étreint toujours, inlassablement.
Ce peut-il que
je sois le seul à ressentir cet inconfort?
Et les apôtres?
Et tes suivants? Et toi?
Ne ressens-tu
donc rien de semblable?

Comment vas-tu,
Jésus? mon ami!
Tu comprends,
maintenant, j’espère.
Pourquoi je
tiens tant à te rencontrer seul à seul.
Je veux en
parler juste avec toi.
Je ne veux pas
affronter les sarcasmes des autres
qui ne
manqueraient pas de me dire que je fabule,
que j’ai une
imagination trop fertile… et c’est peut-être vrai…
en fait, je
souhaite tellement que ce soit le fruit de mon imagination.
J’espère que tu
seras à Jérusalem pour quelques jours,
quoique je ne
désespère pas de pouvoir te trouver aujourd’hui.
De toute façon,
je ne peux demeurer chez moi,
alors que mon
intérieur brûle du désir de te voir,
de mon désir de
faire taire ce qui est brouillé en moi,
ce qui m’agace,
m’inquiète… à cause de toi.

Comment vas-tu,
Jésus?
Réponds-moi,
réponds-moi vite, Maître!
Bien sûr, pour
me répondre et me rassurer,
il faudrait tout
de même que je te trouve.
En fait,
j’espère que mon pressentiment est erroné,
que je m’en fais
probablement pour rien…
Mais cela ne me
convainc pas, ne me rassure pas.
Alors, je
souhaite te trouver avant que l’inévitable n’arrive,
avant que je ne
sais quel malheur te frappe.
Après tout ce
que j’ai pu constater, hier,
tu sais, c’est
difficile d’imaginer
qu’il puisse
t’arriver quelque chose.
Après tout le
bien que tu as fait,
les guérisons, prendre la défense des opprimés,
je sais que rien
ne saurait t’arriver :
Tu peux tout,
avec ton Père.
Alors, pourquoi
suis-je torturé ainsi,
à cause de toi,
à cause de ce regard
qui en disait
beaucoup… et trop peu?

Pourtant, le
doute me poursuit sans cesse
Justement à
cause de ce regard aux lueurs contrastantes,
Où se mêlait
subtilement la paix et le trouble,
La sérénité et
le tourment intérieur,
La témérité et
cette espèce d’indéfinissable abandon!
Pour éclairer
mon cœur, je dois te voir,
Te parler seul à
seul, te dire ce qui m’habite.

Pour m’apaiser,
Jésus, ne me refuse pas;
Peut-être,
sais-tu, plus que moi,
si quelque chose
se prépare pour toi?
Ne refuse pas de
répondre à mon angoisse:
Dis-moi, Jésus,
comment vas-tu présentement?
Auteur: Marc Benoît©
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