J'y étais... moi aussi... !


Tu te souviens sûrement, Seigneur, d’un certain dimanche!
Tu avais envoyé quelques disciples te quérir un âne.
Tu l’as enfourché et c’est ainsi que tu t’es présenté à nous.
Oui ! Je dis bien « à nous » car j’y étais... moi aussi...
J’étais là, près des murailles de Jérusalem!
Il y avait une foule, une foule très nombreuse
Une foule qui avait soif de toi.

Tout le monde criait, riait, manifestait sa joie de te voir!
« Vive le Galiléen! », « Vive le Messie! », « Vive Jésus le Nazaréen! »
Les gens étaient dans une sorte d’euphorie!
Ils jetaient des rameaux sous les pas de l’âne!
Tu es passé si près de moi, à me toucher presque!
J’étais très ému, j’avais les larmes aux yeux.
J’ai pris ma tunique et l’ai déployée sur ton passage
Et je criais, comme tous ceux qui m’entouraient.
Mais je ne peux me rappeler, Seigneur,
Si je criais par conviction ou si c’est la foule,
Par son hystérie collective,
Qui me poussait à crier ces salutations.

Durant les trois jours qui suivirent,
Tu t’es appliqué à instruire tes disciples!
Tout ce que tu disais alors était loin d’être clair.
Je puis en parler car j’y étais...moi aussi...avec les tiens!
Ton langage était mystérieux!
Tu parlais de nous quitter, de nous envoyer un défenseur!
Tu nous disais que nous serions des traîtres pour toi
En profitant du chaos pour t’abandonner.
J’ai vu ton ami Simon, que tu as appelé Pierre,
Protester vivement contre tes insinuations.
Cependant, je ne me rappelle plus Seigneur,
Si, comme Pierre, j’ai protesté vivement,
Si je t’ai montré mon indignation face à tes propos
Ou si, comme la plupart des autres,
Je me suis retiré dans un silence éloquent.

Puis, sans m’en rendre vraiment compte,
Nous étions déjà rendus au jour des Pains sans levain.
Oui, oui ! J’y étais... moi aussi...!
Tu nous as tous invités à prendre le repas ensemble,
Dans la chambre haute, en toute intimité!
Toute la journée, nous avions travaillé à préparer cette fête.
Nous avions hâte de faire la Pâque avec toi!


Puis, il s’est passé un événement assez bizarre, presque choquant!
Tu as enlevé ton vêtement,
Tu t’es ceint les reins avec un linge,
Tu as voulu nous laver les pieds.
Nous avons tous protesté,
Simon plus fermement que les autres,
Et peut-être moi aussi, je ne me rappelle plus très bien.
Tu nous as dit que non seulement tu devais nous laver les pieds
Mais que dans l’avenir, nous devrons imiter ce geste.
Finalement, nous avons accepté…
…sans trop comprendre ce que tu nous disais!

Puis est venu le moment du repas tant attendu!
Mais tu as été tellement mystérieux durant ce repas!
Tu nous parlais de pain et de ton Corps,
Tu nous parlais de vin et de ton Sang,
Tu nous as vraiment intrigués, presque gênés,
Ne sachant pas trop si nous pouvions prendre au sérieux tes propos!


Puis, tu nous as dit que l’un de nous te trahirait,
Que celui qui le ferait mettrait la main,
En même temps que toi,
Dans la corbeille remplie de pains azymes!


Quelle frousse avions-nous tous d’être celui-là!
Seigneur, je ne me rappelle vraiment pas
Si j’ai mis ma main en même temps que la tienne dans la corbeille!
J’ai bien vu Judas l’Iscariote quitter précipitamment la salle.
Je pensais qu’il était tout simplement indisposé.


Ensuite tu as voulu aller te recueillir à ton endroit préféré,
Tu sais, ce jardin que l’on appelle Gethsémani!
Nous t’avons suivi et, étant presque arrivés,
Tu nous as dit d’attendre alors que tu emmenais avec toi
Pierre, Jacques et Jean... et j’y étais... moi aussi...!
Nous sommes allés un peu plus loin et là, tu nous as dit :
« Veillez et priez avec moi. »
C’est ce que nous avons fait, du moins,
Jusqu’à ce que certains d’entre nous s’endorment.
Je ne me rappelle pas Seigneur si je me suis endormi moi aussi!
Je me rappelle seulement qu’au début de ta prière,
Tu semblais souffrant, suant et implorant!

Puis, comme un coup de vent,
Judas apparut avec un manipule de soldats romains.
Ils ont dit qu’ils venaient chercher un dénommé Jésus.
Aussitôt, Judas s’approcha de toi et t’embrassa.
Je ne me rappelle pas si, moi aussi,
Je t’ai embrassé à ce moment-là!

Les soldats se saisirent de toi, même si Pierre,
Et peut-être moi, je ne me rappelle pas,
A essayé de s’y opposer.
Lorsque j’ai vu cela, je me suis caché,
Non pas pour t’abandonner, non, non!
Mais pour mieux suivre ta trace... à distance!

Les soldats romains t’ont amené chez Caïphe, le Grand Prêtre.
J’ai bien vu Pierre, qui te suivait de loin,
Entrer dans la cour du Palais.
Je suis entré à la suite de Pierre, car j’y étais... moi aussi...!
Il se tenait à distance, parmi les serviteurs,
Lorsqu’une servante l’interrogea.

J’étais trop loin pour entendre tout ce qui se disait
Mais elle semblait l’accuser de te connaître.
Puis, tour à tour, deux autres personnes s’approchèrent de lui,
Semble-t-il toujours pour le même motif.
Pierre leur répondait avec conviction, presque avec agressivité!
Je ne me rappelle pas ce que je leur ai répondu
Lorsqu’ils m’ont aussi interrogé,
Mais j’ai sûrement dû parler en bien de toi.
Sauf que je ne me rappelle vraiment plus!

Puis, j’ai entendu un coq chanter.
Cela m’a fait tout drôle à l’intérieur de moi,
Comme une sorte d’inconfort implacable,
Qui revient régulièrement d’ailleurs,
Sans que je sache trop à quoi cela est dû...
...Et Pierre, lui, semblait inconsolable!

Le reste de la nuit me fut très tourmenté!
Les soldats t’ont voyagé d’une place à l’autre
Et j’ai fini par perdre complètement ta trace
...Du moins, jusqu’au matin!

C’est à ce moment-là que j’ai su que le Sanhédrin,
T’ayant déjà accusé de proférer des blasphèmes,
Décida de t’envoyer chez le gouverneur Pilate.
Je ne sais trop ce qu’il a à faire dans toute cette histoire.
Enfin ! Nous verrons bien la suite des événements!

Je me suis rendu en toute hâte au Palais de Pilate.
Ta situation ne semblait pas trop rose, Seigneur,
Il était visible que tu avais passé une bien mauvaise nuit.
Avec tes vêtements en lambeaux
Et le corps marqué de la morsure des fouets,
Je pensais bien que Ponce Pilate aurait pitié de toi
Et qu’il te libérerait.

Puis, j’ai vu la foule choisir Barabbas et scander «crucifiez-le »
Moi, je ne me rappelle pas si j’ai voté pour Barabbas
Car tout le monde autour de moi votait pour Barabbas.
Je ne me rappelle pas si j’ai crié « crucifiez-le »
Car tout le monde autour de moi criait « crucifiez-le ».
J’ai ensuite vu Pilate se laver les mains devant nous
Et je ne me souviens pas si j’ai désiré, moi aussi, laver les miennes!

Les soldats t’emmenèrent au prétoire, te dénudèrent,
Te couronnèrent d’épines, te ridiculisèrent,
Te flagellèrent et te crachèrent au visage.
Je sais tout cela car j’y étais... moi aussi...!
Je ne me rappelle pas si j’ai pris ta défense à ce moment-là,
...Ou si je t’ai craché au visage moi aussi!

C’est tellement flou que je ne peux me souvenir,
Lorsque je me suis retrouvé avec un fouet entre les mains,
Si je l’avais arraché des mains d’un soldat pour te défendre
...Ou si je venais de te frapper avec.

Un peu plus tard, les soldats t’escortèrent à l’extérieur.
Ils t’ont mis sur les épaules une énorme croix,
Une comme celle que tu n’as sûrement jamais faite
Du temps où tu étais charpentier dans ton village de Nazareth,
Une croix si pesante que les soldats ont dû se résigner à demander l’aide d’un autre,
Un certain Simon, pas le tien, d’ailleurs je ne le voyais nulle part celui-là,
Ce Simon venait de Cyrène et il était très fort.
Les soldats me l’avaient tout d’abord demandé
Car j’y étais... moi aussi...
Mais je pense que je n’aurais pu t’aider,
Tellement elle paraissait lourde!

Ils t’ont fait gravir le chemin qui conduit au Golgotha.
Tu as tombé trois fois avant de te rendre jusqu’au bout.
Chaque fois que tu tombais, j’avais mal pour toi;
Je voulais t’aider mais j’arrivais toujours trop tard,
Car tu te relevais avant que je me décide à t’aider.

Arrivé à l’endroit décidé, le Calvaire,
Ils te clouèrent sur la croix, presque nu!
Le bruit qu’ils faisaient avec leurs masses était atroce.
J’ai essayé d’empêcher ce supplice injuste,
Je m’en souviens très bien, j’y étais... moi aussi...!
Je me suis retrouvé avec une masse dans la main
Mais je ne me rappelle pas si c’est parce que je l’ai subtilisée à un soldat
...Ou si j’ai planté un clou... tout est tellement flou!

Une fois la croix descendue dans son trou,
Les railleries commencèrent.

Je ne me rappelle pas si je criais :
« Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même! »
Ou si je te disais doucement :
« Seigneur, souviens-toi de moi lorsque tu seras dans ton Royaume! »

Ensuite, ce que je n’ai jamais compris de toi,
C’est lorsque tu as dit à ton Père dont tu nous avais parlé :
« Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font! »
Ils t’ont cloué sur une croix et tu demandes leur pardon!
Je pense que tu es un peu fou, Jésus de Nazareth!

Juste avant que tu ne meures,
Tu as vu, au pied de la croix,
Ton préféré, et ta mère, Marie.
...J’y étais... moi aussi...
Et tu as dit : « Mère, voici ton fils! »
Mais je ne me rappelle pas si tu indiquais Jean ou moi.

Lorsque tu mourus, tu as fait tout un vacarme!
Le ciel s’obscurcit, le voile du Temple se déchira!
Beaucoup furent guéris à ce moment-là
...J’étais de ceux-là... moi aussi...
C’est là que j’ai compris la grandeur de ton amour!

On te porta dans un tombeau creusé dans la pierre,
Gardé en permanence par quatre soldats,
Comme si, même mort, on avait peur de toi!

Le lendemain, tes disciples étaient terrorisés,
En plein désarroi, hébétés, inutiles, écrasés sous la douleur.
Marie, ta mère, Marie-Magdeleine, Salomé, sœur de Marie,
Étaient toutes avec tes disciples, réunis au Cénacle.
Ils étaient en prière, tristes et... j’y étais... moi aussi!
Pour vivre avec eux cette douloureuse Pâque.

De bon matin, après la Pâque,
Les femmes se rendirent au tombeau pour parfumer ton corps.
Elles revinrent en courant, en pleurant, en gesticulant, bouleversées!

Pierre s’informa de leur panique.
Elles dirent que le tombeau était vide, que la pierre avait été roulée,
Que le Maître leur était apparu, qu’il avait dit de le rejoindre en Galilée.
Doutant de la parole des femmes... peut-être doutai-je moi aussi...
Pierre partit constater lui-même et... il crût.

Sur le soir, sur le chemin d’Emmaüs,
Deux compagnons se firent rejoindre par un autre.
Ce dernier, quoique ignorant des récents événements,
Semblait très informé sur les Écritures.
Arrivés à Emmaüs, ils offrirent l’hospitalité à cet inconnu...
...Qui, dans la fraction du pain, se révéla à leurs yeux.
Et aux miens car j’y étais... moi aussi... !



                                            Auteur: Marc Benoît
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