Gethsémani !


Que de tableaux évoqués
Au  prononcé de ce simple mot !
Je me revois dans ma tendre enfance :
Après m’avoir parlé d’un Jardin, le Paradis, l’Éden,
Lieu de bonheur, de délice, de sérénité,
De paix entre les animaux, les hommes,
On me présente un autre jardin,
Le Jardin des Oliviers,
Lieu de douleur, de souffrance, d’abandon,
De solitude, d’incompréhension!
Je ne comprenais pas, dans ma petite tête d’enfant,
Qu’un même mot, « jardin »,
Pouvait représenter des choses si différentes,
Complètement opposées les unes aux autres.

Puis, un jour, j’ai vu à quoi ressemblait un olivier;
Cet arbre aux formes irrégulières, noueux,
Comme s’il était crispé, tordu de douleur!
Je l’imaginais alors le soir,
Sous la lumière blafarde de la lune,
Tissant des ombrages lugubres sur le sol.
Je pouvais comprendre alors qu’un « jardin »
N’était pas toujours la représentation
Du bonheur, de la beauté, du délice !

Gethsémani ! Le Jardin des Oliviers!
L’image de Jésus souffrant, agenouillé, prostré,
Implorant dans une prière, les mains jointes,
Un Père qu’il aurait souhaité plus compréhensif,
Moins exigeant, plus conciliant.
Le Père n’avait pas le beau rôle dans ma tête d’enfant!
Et je voyais cette coupe dont parlait Jésus,
Magiquement suspendue dans le vide,
Flottant devant les yeux du Christ souffrant,
Insistante, remplie de je ne savais trop quoi…
Pour que Jésus refuse ainsi de la boire !

Gethsémani ! Le Jardin des Oliviers!
L’image de Jésus qui pleurait en priant,
Le corps couvert de sueur et…de sang,
Car on m’avait dit qu’il souffrait tellement
Qu’il suait des gouttes de sang !

Gethsémani ! Le Jardin des Oliviers!
L’image qui se déplaçait un peu plus loin
Pour me montrer les apôtres endormis,
Enlacés pêle-mêle sur le sol.
Ce que j’ai pu leur en vouloir à ces trois-là,
Spécialement choisis par Jésus!
Ils l’ont laissé prier tout seul,
Ne faisant aucun effort pour combattre le sommeil.
Il me semblait que c’était facile, dans ma tête d’enfant,
De faire un petit effort et que,
S’ils l’avaient fait, ils auraient réussi.
Je leur en voulais vraiment,
Trouvant inconcevable leur conduite !

Puis, il y a eu la trahison de Judas!
Là, cependant, je ne comprenais rien !
Jésus savait que Judas le trahirait.
Lorsqu’il l’a vu arriver,
Il aurait dû se sauver au lieu de l’affronter!
Je me disais, dans ma tête d’enfant,
Que Jésus était un petit peu responsable
De ce qui lui arrivait
Car il n’a jamais cherché à se défendre ni à se sauver.


Et Pierre qui sort l’épée d’un garde!
Ah là! J’étais en colère contre lui
Car, dans ma tête d’enfant,
Tout se serait terminé plus rapidement
Si Jésus ne s’était pas dérangé deux fois…
Deux fois pour rien, d’ailleurs…
Pour aller les réveiller et ils auraient alors eu le temps
De quitter le Jardin des Oliviers
Avant l’arrivée de Judas et des soldats.

Gethsémani ! Le Jardin des Oliviers!
Tableau de mon enfance qui m’a longtemps révolté!
Révolté contre les apôtres,
Révolté contre les soldats,
Révolté contre Judas, ce traître,
Révolté…contre Jésus aussi!
Ce Jésus qui, dans ma petite tête d’enfant,
A été trop tolérant envers ses apôtres endormis,
Trop insouciant et imprudent
Face à la menace de trahison et d’arrestation.

Gethsémani ! Le Jardin des Oliviers!
Tableau de ce Jésus souffrant, implorant!
Tableau que je n’accepte pas plus qu’avant
Car je suis conscient que je suis une partie de ses souffrances !

Gethsémani ! Le Jardin des Oliviers!
Tableau de cette coupe énigmatique!
Dont je comprends l’existence maintenant
Puisque je fais partie de son contenu
Par mes abandons, mes doutes, mes faiblesses et mes fragilités.

Gethsémani ! Le Jardin des Oliviers!
Tableau des apôtres endormis!
Véritable représentation de ma vie insouciante,
De ma vie matérielle, remplie de facilités,
De jouissance, de vanité et d’orgueil,
De ma vie spirituelle que j’endors si facilement
Derrière des raisons futiles d’une vie trop occupée!
Trop occupée à quoi ?

Gethsémani ! Le Jardin des Oliviers!
Tableau de la bravade de Pierre!
Illustration de mes propres bravades,
Me disant capable d’agir sans les autres, sans lui,
Portant mes coups pour être reconnu,
Pour satisfaire une vanité,
Négligeant les actions posées,
Dans l’ombre de la simplicité, de l’humilité,
Refusant de voir ce qui doit être vu,
De dénoncer ce qui doit l’être,
La pauvreté, l’injustice, les guerres fratricides.

Gethsémani ! Le Jardin des Oliviers!
Tableau du baiser de Judas!
Profil de mes propres trahisons!
Trahisons de mes silences,
De mes refus de témoigner de lui,
De mes fausses piétés,
Des pardons non consentis, des gestes non posés !

Gethsémani ! Le Jardin des Oliviers!
Tableau qui me fascine, qui m’interpelle!
Tableau qui me fait entrer en moi-même!
Tableau d’un pécheur repentant
Mais fragile au recommencement.
Tableau du chrétien qui croit en sa guérison

Par l’Amour livré aux humains…
… à Gethsémani !




                                            Auteur: Marc Benoît
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