Un appel


" Voici l'Agneau de Dieu. "
C'est ainsi que Jean-Baptiste désigne à ses disciples Jésus comme
étant le Messie. Cette désignation par Jean-Baptiste est prolongée par
l'appel de Jésus:
" Venez et vous verrez. "
La réponse à l'appel de Jésus se traduit par André par l'appel qu'il
lance à Simon son frère:
" Nous avons trouvé le Messie. "
Simon se trouve alors appelé à son tour par Jésus:
" Tu es Simon, fils de Jean, tu t'appellera Képha. "
Et l'Évangile de Jean se poursuit avec l'appel de Philippe et de Nathanaël.

L'appel est contagieux. Cette Bonne Nouvelle de la venue du Messie
ne peut être gardée secrète. On l'annonce à ses amis et à sa famille qui
eux-mêmes, à leur tour, font l'expérience de la rencontre avec Jésus.
L'appel de Dieu, s'il est particulier et propre à chacun, n'est jamais isolé.

Déjà, dans l'Ancien Testament, on retrouve cette caractéristique
 de l'appel du Seigneur. Ainsi, l'appel de Samuel, dans le célèbre
récit de la première lecture, ne peut se réaliser sans la présence
et le discernement d'Élie.


Un appel qui passe par la croix.

« Voici l'Agneau de Dieu. »
 La désignation par Jean-Baptiste de Jésus comme étant l'Agneau de Dieu
 place le ministère de Jésus dans la perspective de la croix.
Le sacrifice de Jésus, de sa vie, de son corps, pour le salut du monde,
 se trouve présent dès l'inauguration de son ministère public.


L'eucharistie, corps du Christ

« Voici l'Agneau de Dieu. »
Cet appel de Jean-Baptiste retentit à nouveau dans chaque eucharistie.
 Cette phrase est prononcée par le prêtre qui présente le pain et le vin devenus,
sous l'action de l'Esprit Saint, corps et sang de Jésus-Christ.
Elle appelle alors une magnifique profession de foi des fidèles :
 « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir mais dis seulement
une parole et je serai guéri. »


Reconnaissance de la présence du Christ dans ce pain et ce vin ;
confession de l'indignité de notre état à le recevoir en nous ;
 attestation de l'efficacité de cette communion pour notre guérison spirituelle
 et physique, pour le salut du monde.
Notre guérison passe par le corps du Christ.

Cet appel est contagieux. Tout comme les premiers disciples qui
 courent annoncer à leurs proches la venue du Messie,
l'eucharistie nous envoie porter cette Bonne Nouvelle :
le Christ est présent !

Devenir corps du Christ

« Voici l'Agneau de Dieu. »
L'expérience de la rencontre personnelle du Christ dans son eucharistie
transforme notre existence.
Saint Augustin le résume dans une formule synthétique :
« Deviens ce que tu contemples ; contemple ce que tu reçois ;
reçois ce que tu es : le corps du Christ. »
 Créés à l'image et à la ressemblance de Dieu, nous tendons vers
l'accomplissement de cette vocation à nous unir pleinement avec Dieu.
Communier au Christ au point d'être son corps.
L'eucharistie est la désignation de ce terme vers lequel nous tendons
et la nourriture sur ce chemin de conversion et d'union.

En nous laissant transformer par Dieu, le Seigneur pourra alors transformer le monde.
 Par notre présence et notre action, le Christ se rend présent au monde.
Par notre corps, le Christ est présent au monde.


L'Église, Corps du Christ

« Voici l'Agneau de Dieu. »
Telle est l'exclamation que devrait pouvoir lancer toute personne
 qui rencontre nos communautés chrétiennes. En communiant au corps du Christ,
nous devenons nous-même corps du Christ dans cette Église elle-même Corps du Christ.
Notre Église est ce corps confié à Simon par Jésus dans cet appel inaugural :
« Tu es Simon, fils de Jean, tu t'appelleras Képha (ce qui veut dire pierre). »
Le corps de cette Église est vivant.
Il est constitué de différentes cellules, que sont les premiers disciples.
 Ces premières cellules sont reliées entre elles et s'appellent mutuellement,
 agrégeant ainsi de nouvelles cellules au corps ecclésial.
Et ce corps qu'est l'Église continue de grandir par l'appel que
chacun de nous lance :
« Voici l'Agneau de Dieu. »


Le corps

Notre foi chrétienne est marquée par le corps :
Dieu s'est fait chair, il a pris corps ;
Jésus offre son corps pour le salut du monde ;
ce sacrifice est renouvelé dans l'eucharistie où nous recevons le corps du Christ ;
en communiant à son corps, nous sommes appelés à devenir ce que nous recevons ;
cette vocation particulière propre à chacun s'accomplit
dans l'Église et construit le Corps du Christ.

Nous pouvons alors entendre Paul, dans la première lettre aux Corinthiens, nous dire :
« Votre corps est le temple de l'Esprit Saint… »
 La spiritualité chrétienne est incarnée, loin de tout ésotérisme fumeux.
C'est en vivant pleinement notre condition humaine, corporelle, que nous rencontrons Dieu.
Notre corps est la porte d'entrée pour vivre la rencontre avec Dieu
car Dieu se rend présent dans son corps, dans notre corps, par son Esprit.


Il n'est donc pas étonnant que la maladie ou le handicap, qui blessent le corps,
soient souvent occasion de rencontre avec Dieu.
 Le corps est lieu d'expérience spirituelle :
le sacrement des malades rappelle que c'est dans ce corps blessé,
souffrant et meurtri que paradoxalement le salut de Dieu peut se manifester.

Notre société occidentale est mal à l'aise avec le corps : on lui voue un véritable culte ;
on l'étale sans pudeur ; on le cache et on le rejette quand il est laid, vieux ou handicapé.
Notre foi chrétienne ne peut que réaffirmer la dignité du corps
comme lieu même de la rencontre avec Dieu,
que ce corps soit en devenir ou agonisant, jeune ou défiguré.
Suivre l'Agneau de Dieu, c'est aussi pouvoir tenir cela.
Les chrétiens sauront-ils faire entendre leur spécificité et dire avec Saint-Paul :
« Rendez grâce à Dieu dans votre corps » ?




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