Pour être un bon mourant
Je n'ai qu'une
toute petite foi, naturelle, fragile, vacillante,
bougonneuse et toujours inquiète. Une foi qui ressemble bien plus
à une espérance qu’à une certitude.

Mais,
voyez-vous, à la courte lumière de ma faible raison,
il m’apparaît irrationnel, absurde, illogique, injuste, contradictoire et
intellectuellement impensable que la vie humaine ne soit qu’un insignifiant
passage de quelques centaines de jours sur cette terre ingrate et
somptueuse.

Il
me semble impensable que la vie se termine bêtement par une
triste dissolution de la matière, et que l’âme, comme
une splendeur éphémère, sombre dans le néant après avoir
inutilement été le lieu spirituel et sensible de si prodigieuse clarté,
de si riche espérance et de si douces affections.
Il me paraît répugner à la raison de l’homme autant qu’à la providence
de Dieu que l’existence ne soit que temporelle et qu’un être humain
n’ait pas plus de valeur et d’autre destin qu’un caillou.

Ce que je
trouve beau dans le destin humain, malgré son apparente cruauté,
c’est que, pour moi, mourir, ce n’est pas finir, c’est continuer autrement.
Un être humain qui s’éteint, ce n’est pas un mortel qui finit,
c’est un immortel qui commence.

La tombe est un
berceau. Et le dernier soir de notre vie temporelle
est le premier matin de notre éternité.
« Ô mort si fraîche, ô seul matin », disait Bernanos.
Car la mort, ce n’est pas une chute dans le noir, c’est une montée dans la
lumière.
Quand on a la vie, ce n’est peut-être que pour toujours.

Comme dit le poète, parce que ce sont
toujours les poètes
qui voient mieux le fond des choses :
« Ouverts à quelque immense aurore,
de l’autre coté des tombeaux,
les yeux qu’on ferme voient encore. »

La mort ne peut pas tuer ce qui ne
meurt pas.
Or notre âme est immortelle.
Il n’y a qu’une chose qui peut justifier la mort; c’est l’immortalité.
Mourir, au fond, c’est peut-être aussi beau que de naître.
Est-ce que le soleil couchant n’est pas aussi beau que le soleil levant ?
Un bateau qui arrive à bon port, n’est-ce pas un événement heureux ?

Et si naître n’est qu’une façon
douloureuse d’accéder au bonheur de la vie,
pourquoi mourir ne serait-il pas qu’une façon douloureuse de devenir
heureux ?
Auteur: Doris Lussier
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