Si eux se taisent, les pierres
crieront
Seigneur! Je ne
sais pas si certains t’ont ridiculisé lorsque tu as osé dire cela,
mais je trouve que, quelquefois, tu fais volontairement des déclarations
pour provoquer, pour inciter tes dénigreurs à avoir une certaine emprise sur
toi.

Je t’ai suivi pendant un certain temps, Maître, suffisamment
longtemps
Pour comprendre ce que tu voulais dire par cette parole,
du moins, je pense avoir saisi, mais peut-être que je me trompe.

J’ai vu ce que tu as fait pour le paralytique de la piscine
de Siloé :
Un paralytique est un poids inutile, une vulgaire pierre pour les bien-portants
Qu’il osait solliciter de ses prières en quémandant une obole.
Tu l’as fait se lever, tu l’as guéri de son infirmité, de sa tare
Et il est devenu une pierre vivante pour chanter ta gloire.

J’ai aussi été témoin de ces lépreux, ces pierres
repoussantes
Pour cette majorité qui se prétendait pure et juste devant Dieu.
Tu les as soulagés de cette honte en leur redonnant une dignité d’homme
Et, malgré la recommandation de ne rien dévoiler,
Ces
pierres rejetées ont proclamé devant tous qui tu étais vraiment.

Je n’oublie pas non plus la Samaritaine, la femme adultère,
Marie de Magdala,
Ces pierres lourdes d’un passé que leurs pairs ne pouvaient supporter.
Tu as relevé ces femmes et elles se sont mises à parler de toi,
Ignorant l’interdit des conventions sociales qui les écrasaient.
Seigneur, tu as même osé, pour elles, défier les préceptes et la Loi.

J’ai entendu des histoires émouvantes concernant Zachée et
Bartimée,
Mais, pour moi, la plus surprenante demeurera celle de Lazare.
La pierre qui l’enfermait dans un véritable sommeil de mort,
Tu as ordonné qu’elle soit roulée, qu’elle dévoile une vie.
Plus tard, la pierre déplacée de ton tombeau parla d’elle-même.

Si jamais je deviens muet ou si on essaie de me faire taire,
Seigneur,
Ne me remplace pas par une pierre qui deviendra ton porte-parole :
Guéris-moi à mon tour pour que je devienne une pierre qui crie.

Épargne-moi, Maître, de devenir aussi rigide et inutile
qu’une pierre,
Tu sais, comme celles que tu n’as jamais voulu transformer :
Les pierres que t’offrit un jour le Tentateur au désert.
Auteur: Marc Benoît©
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