Un Dieu qui se donne


Antoine avait besoin de quelqu'un pour une tâche qu'il ne
pouvait faire lui-même. Il s'adressa tout naturellement à son ami Phildor,
étant sûr que, lui, il pourrait lui rendre ce service.
Cet ami lui avait dit: « C'est d'accord, mais ce sera trois cents dollars ».
Antoine avait bien ri et s'était dit : « Phildor ne change pas, il raconte
des histoires, c'est un farceur. » Mais, une fois le travail fait,
la figure d'Antoine changea de couleur et de forme quand Phildor
lui tendit la main en lui disant : « Tu me dois trois cents dollars ».
Antoine s'était mis à rire jaune et à ne plus rire du tout.
Il avait payé, bien sûr, mais il avait logé dans sa mémoire,
et pour longtemps, un souvenir durable et une rancune tenace.


Un an après, Phildor eut besoin de mille dollars pour une « affaire pressée ».
Naturellement, il alla voir Antoine :
« Peux-tu me les prêter? »
Le petit ordinateur personnel qu'Antoine possède entre ses deux oreilles
 se mit à fonctionner aussitôt et il lui montra immédiatement
sur l'écran de sa mémoire l'affaire des trois cents dollars...
Une belle bataille s'engagea dans le coeur d'Antoine...
À la fin, Antoine ferma les yeux, mais il ne ferma ni son coeur ni son portefeuille.
Il lui prêta les mille dollars.


On dira: « Antoine est un fou... Si j'avais été à sa place... »
Non, Antoine n'est pas un fou: il a choisi de continuer à aimer
au-delà de l'offense, un point c'est tout!
Antoine est un grand homme, c'est un saint, rien de moins.


Les hommes avaient été mesquins, égoïstes, ambitieux, exploiteurs...
Ils avaient été pécheurs. Ils avaient mal utilisé le temps que Dieu leur avait prêté,
 ils avaient gaspillé le corps qu'il leur avait façonné,
 ils avaient pollué la belle terre qu'il leur avait donnée comme un cadeau précieux...
 Ils s'étaient repliés sur eux-mêmes au lieu de rencontrer du vrai monde...


Et surtout, il leur avait donné son propre Fils, son unique, son bien-aimé,
qui était venu leur enseigner l'amour, le partage, le service, le pardon,
la bonté, la douceur, la tendresse, la joie, le respect de la nature...
Et ils ne l'avaient pas reconnu, ils n'avaient pas voulu l'écouter,
 ils avaient fini par le trouver trop dérangeant, insupportable,
et ils n'avaient rien fait de moins que de le clouer sur une croix,
 pour s'en débarrasser.


Mais, lui, au lieu de leur en vouloir, de les oublier, de les envoyer promener,
 au lieu de se souvenir de leurs bêtises, de se venger, avait continué à les aimer...
 jusqu'à en mourir... jusqu'à en ressusciter...
jusqu'à les entraîner tous dans le sillon de son étonnante bonté!


Reconnaissons-le, il y a un peu beaucoup de Phildor en chacun de nous!
Mais, ce qui est merveilleux, c'est qu'en notre Dieu, en Jésus,
il y a aussi un Antoine à l'infini! Dieu ne cesse de nous aimer...
 bien au-delà de nos attentes et de nos bêtises, bien au-delà de
nos espérances et de nos misères. Dieu est Amour, rien qu'Amour!


Il est un Dieu qui se donne toujours et sans compter!


                                                      Auteur: Jules Beaulac


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