Contempler Dieu

Martin, 18 ans, escalade au moins une fois par mois la montagne
près de chez lui. Pas à n'importe quelle heure du jour.
Très tôt le matin. Pourquoi? Parce qu'il veut assister au lever du soleil.
Adossé à un rocher, il regarde, émerveillé, l'astre du jour se lever.
Il dit que la lumière qui jaillit de la nuit est une vraie nourriture
pour tout son être. Marc n'est pas un adorateur du soleil, pas du tout.
Mais c'est une sorte de jeune mystique: à travers la lumière qui
l'envahit peu à peu, il découvre le Seigneur lui-même,
le Créateur de l'univers, qui lui donne chaque jour le souffle
de sa vie, la joie de son coeur,
la lumière de son esprit et la chaleur de toute sa personne.


Quand Louis tomba en amour avec Diane, il pouvait passer des heures
à côté d'elle rien qu'à la regarder. Et c'était pareil pour elle.
Ils étaient bien ensemble. En silence et en amour.
En présence et en contemplation réciproque. De temps en temps,
il lui disait: «Tu es belle, chérie. Je t'aime!»
Et elle reprenait: « Toi aussi, tu es beau. Je t'aime, moi aussi!»
Et ça suffisait. Et puis, le temps a filé entre leurs doigts comme
du sable ou de l'eau. Ils ont eu des enfants, ils ont travaillé dur
 pour leur donner une bonne éducation. Ils ont pris de l'âge.
 Mais leur amour, lui, n'a pas vieilli.
Il s'est approfondi, il a mûri et s'est embelli.
Aujourd'hui, maintenant que leurs enfants sont tous «placés»,
comme ils disent finement, ils se retrouvent souvent ensemble assis
sur le sofa du salon ou sur le grand banc du jardin.
Ils ne se parlent presque pas : ils se sont tout dit.
Mais leur regard se croise souvent et, de temps en temps,
Louis met la main sur la cuisse de Diane.
Ce simple geste parle pour les deux:
«Tu sais, tu es toujours ma plus belle!» et elle de continuer:
«Et toi, tu es toujours mon meilleur!»


Chaque fois que Maryse va faire ses commissions au Centre d'achats,
elle s'arrête à la petite chapelle aménagée entre deux magasins.
 D'abord cette halte lui repose les pieds et la tête.
Mais surtout la paix envahit son coeur, cette paix toute spéciale
qu'elle trouve quand elle est en présence du Seigneur.
Elle ne parle pas ou presque pas.
Elle se laisse doucement dorer au soleil du bon Dieu.
Elle est bien et elle ne voit pas le temps passer.
Puis elle reprend ses paquets et retourne à la maison le coeur content et léger.


Pierre, lui, roule une bonne heure pour aller à son travail
et autant pour en revenir.
Il dit qu'il n'est jamais seul en voiture:
il est avec son Seigneur bien-aimé qui habite au plus intime de son coeur.
Ils se parlent et ils s'écoutent. C'est comme s'il était avec son meilleur ami,
 son grand frère, son père, son conseiller le plus sûr.
Il ne trouve jamais le temps long durant ces deux heures de trajet quotidien.


Toutes ces personnes sont de grands contemplatifs de Dieu.
 La contemplation, en effet, n'est la propriété exclusive des trappistes
 ou des carmélites. Elle est à la portée de tout le monde.
Il s'agit de se laisser aimer par le Seigneur et de l'aimer en retour,
 d'être bien en sa présence, de prendre le temps d'être ensemble
comme Louis et Diane, comme Pierre et Martin, comme Maryse.
Il s'agit de le trouver beau et bon et d'être assuré
qu'il en fait autant pour nous. Il s'agit d'être en amour, quoi!


Contempler la beauté de la vie, la bonté des gens, et y trouver
le Seigneur tout autant que le rencontrer à l'église ou à l'eucharistie,
c'est faire acte d'amour profond et sincère envers Dieu.
C'est aussi élever tout son être, grandir un peu plus chaque jour,
 s'approcher toujours plus de Celui qui s'est fait si proche de nous en Jésus.
C'est recevoir de Dieu un supplément d'être et une addition
de vie par Celui qui, en Jésus, est ressuscité pour
sa plus grande gloire et pour notre plus grand bien.



                                    Auteur: Jules Beaulac


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