Quand
le Christ se rendit à l'ONU
Poussé par une foule et excédée,
le Christ arriva au palais de l'ONU.
Il avait le visage blême du chômeur,
le pas incertain du réfugié,
les épaules voûtées du mineur,
l'oeil triste du Parisien,
les mains inertes du Sibérien,
le coeur avide d'un jeune.

Il n'était recommandé par personne.
Les larmes des humbles, seules,
le faisaient avancer.
La justice pour les faibles était sa seule force.
Il frappa à la porte.
Mais, pour lui, c'était le "veto".
Les hommes n'étaient pas libres.
Au seuil du monde civilisé, il trouva la barbarie.
Il lut les "Droits de l'homme".
Et fut saisi de compassion.

"L'homme a droit à la vie",
mais un enfant assassiné lui dit
que ce n'était pas vrai.
"L'homme a droit à l'instruction",
mais un Africain lui dit
que c'était pure plaisanterie.
"L'homme a droit au travail",
mais un Sibérien lui dit que depuis quinze ans
c'est le contraire qui est vrai.
"L'homme a droit à la paix",
mais une veuve de la guerre lui dit
que personne ne pense à elle.
"L'homme a droit à la famille",
mais un enfant d'un orphelinat
lui demanda ce que signifient ces mots.
"L'homme a droit à la liberté",
mais un Hongrois se mit à pleurer.

Et le Christ redescendit les marches
du palais de verre.
Quand la foule lui demanda
le résultat de sa visite,
le Christ étendit les bras:
il était encore crucifié,
comme le Vendredi saint.
Alors la foule se dispersa.
Il pleuvait.
Et le Christ demeura sous la pluie,
comme tant d'autres.
Personne ne s'arrêta.
Personne ne l'invita à monter en voiture.

"Ne soyez pas indifférent à votre prochain"
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