J'avais rêvé


J'avais rêvé, Seigneur, de déployer toutes les énergies
 de mon corps et les capacités de mon esprit à te faire connaître.
 
 J'avais rêvé, malgré un rude handicap, d'avoir la réputation
 d'un gars robuste, lucide, amical et attachant, reconnaissable
 à son esprit de foi et à son estime des valeurs évangéliques,
 et menant par joyeuse préférence à toute autre vocation, une
 vie religieuse.
 

 J'avais rêvé d'être sans cesse sur le qui-vive pour te servir aux
 heures de repas comme dans la prière, tantôt à l'étude et
 tantôt au milieu d'un dialogue fraternel, aux jours de
 souffrances et d'incompréhension aussi bien qu'en période
 d'harmonie et de bienveillance générale;
 ma joie étant de chercher à te plaire,
 mon repos, de travailler au salut des hommes,
 mon passe-temps favori, de causer avec toi.
 

 Un jour, en plein élan, mon corps s'est écroulé comme un
 arbre passé à la hache. Ce corps m'était un coursier docile
 et vigoureux, et le voici devenu un maître difficile et fouettard.
 

 Ô souffrance, comme tu sais bien terrasser ta proie!
 

 Maintenant, Seigneur, je ne peux plus rien faire pour toi...
 sauf aimer. Aimer à chaque respiration, aimer par le sourire,
 aimer à travers tous mes gestes microscopiques, aimer
 envers et contre tout... oui, peut-être.
 

 Mais, je t'en supplie, trouve-toi quelqu'un pour
 réaliser mon rêve!
 

 
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