Le pur et le parfait


Ghislain est toujours en train de jouer dans son auto:
il retouche les freins, ajuste le moteur,
vérifie continuellement la pression des pneus,
époussette tous les jours les sièges,
lave et frotte la carrosserie au moins deux fois par semaine...
Tous les jours, c'est l'inspection systématique.
Sa voiture est fatiguée et trouve Ghislain bien fatiguant.
Et le pire, c'est qu'à force de la retoucher sans cesse,
son auto ne fonctionne jamais bien:
Ghislain l'a toute " désajustée."



Michèle est écrivaine.
Mais elle est si perfectionniste qu'elle
n'a jamais rien fini de ce qu'elle a commencé:
" Je ne suis pas suffisamment satisfaite;
il me faut encore retravailler mon texte;
il y a des points que je n'ai pas explorés;
je dois revoir l'ensemble encore une fois ! "
À force de vouloir des oeuvres parfaites,
elle n'aboutit jamais à rien...
Des tas de manuscrits " non-parfaits "
dorment sur ses tablettes et des ulcères

creusent son estomac.



Marie-Louise ne supporte pas un brin de poussière

sur les meubles et n'endure pas une " traînerie " dans sa maison.
Elle les pourchasse avec toute l'énergie que lui donne sa passion
pour la propreté et l'ordre.
L'ennui, c'est qu'elle fait pareil avec son mari et ses enfants.
Ils n'ont pas le droit d'être sales,
ne fût-ce que la moitié d'un instant,
et il leur est impossible d'oublier une casquette sur une chaise
ou un bâton de baseball à l'entrée.
Tout reluit et tout est en place dans la maison de Marie-Louise,
y compris les gens.
Mais personne ne sourit chez elle.
Et c'est bien triste !



Paulin est hanté par la pureté.
Celle du corps:
il prend sa douche au moins trois fois par jour
et il ne compte plus le nombre de fois où il se lave
les mains et la figure !
Celle de l'âme aussi:
il est obsédé par le bien à faire et
surtout par le mal à éviter.
Encore, s'il n'appliquait ses idées fixes
qu'à sa personne, cela passerait encore.
Mais le pire, c'est qu'il les transpose dans
la conduite de ses enfants, de sa femme, de ses amis.
Pas étonnant que tous le fuient:
rien n'est plus désagréable que de vivre
avec des gens " parfaits " .



Travailler à sa perfection, d'accord !
Mais raisonnablement !
Et surtout apprendre à vivre avec
une certaine imperfection,
la sienne et celle des autres,
c'est être sage et réaliste !

C'est avant tout ne pas rater l'essentiel !


                                Auteur: Jules Beaulac



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