Quatre princes


Quatre princes s’étaient mis à rechercher une spécialisation qui
serait unique pour chacun d’eux.
Il se dirent l’un à l’autre :
« Explorons la terre et apprenons la science la plus pointue. »
Ainsi, après s’être fixé un endroit pour un futur rendez-vous,
les quatre frères se mirent en route chacun dans une direction différente.
Le temps passa.




Après un an, un mois et un jour, les quatre frères se retrouvèrent
au lieu fixé et s’interrogèrent mutuellement sur ce qu’ils avaient appris.



« Moi, dit le premier, j’ai appris une science qui me permet,
même si je n’ai qu’un morceau d’os d’un être vivant, de créer
immédiatement la chair qui le recouvre. »


 « Moi, dit le deuxième, je sais comment faire pousser la peau et les poils
sur cet être, si celui-ci est recouvert de chair. »
Le troisième dit : « Je suis capable de créer les membres si j’ai la chair,
la peau et la fourrure. »


« Et moi, conclut le quatrième, je sais comment donner la vie à cette
créature si elle a l’intégrité de ses membres. »
Sur ce, les quatre frères partirent dans la jungle pour trouver un morceau
d’os et faire la démonstration de leur spécialité.
Ce ne fut pas difficile.
Au bout de quelques pas déjà, ils trouvèrent un os et le ramassèrent
sans se demander à quelle espèce d’animal il avait appartenu.




Ils étaient tellement imbus de leur science que cela ne leur vint même pas à l’idée.



Le premier ajouta de la chair à l’os, le deuxième fit pousser la peau et les poils,
le troisième créa les membres, le quatrième donna la vie à… un lion.
Secouant son épaisse crinière, le fauve se dressa et la gueule menaçante, les dents acérées,
les mâchoires cruelles, il sauta sur ses créateurs.
Il les tua tous les quatre et, satisfait, s’évanouit dans la jungle.




L’homme a fait la preuve de son immense pouvoir créateur.
Mais ce pouvoir contient aussi tout son potentiel d’autodestruction.
De nouveaux et immenses complexes industriels permettent à l’homme de produire
aujourd’hui en une heure ce que, dans le passé, on ne réalisait qu’après des années de peines.
Mais ces mêmes industries ont détraqué l’équilibre écologique et par l’air,
le bruit et la pollution, elles ont contaminé le milieu ambiant de l’homme.
Celui-ci voyage en voiture, il regarde la télévision,
prend des décisions avec son ordinateur,
 mais il a perdu la capacité de maîtriser les instruments dont il se sert.




Il a une surabondance de facilités matérielles, mais il cherche à l’aveuglette
une direction et réclame un sens et un but à sa vie.
Il sait très bien que s’il se trompe dans ses choix, sa science peut aussi le détruire.
Et en même temps, il sent qu’il a déjà mis en mouvement quelque chose qui lui échappe.
Et s’il n’arrive pas à la maîtriser, il en sera coupable à lui seul.
Un proverbe chinois plein de sagesse affirme :
« Ce n’est pas le vin qui enivre l’homme, c’est l’homme qui s’enivre. »




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