Attention aux enfants


Soyons fins avec les enfants. C'est tout ce que j'ai
envie de dire ce matin. Prenons soins des enfants.
Protégeons-les. Aimons-les. Si ce monde est cruel,
si ce monde est mêlé, c'est parce qu'il y a trop d'enfants
délaissés, brimés, frappés, agressés. Et qu'en vieillissant,
leur malheur s'est propagé. Jusqu'à atteindre d'autres
enfants. Et la roue tourne. La roue qui écrase des vies. La
roue qui détruit des âmes.

La seule façon de changer le monde, c'est de changer notre
façon de traiter les enfants. Si on les aide à s'épanouir, si
on leur donne confiance en eux, si on les accompagne sur leur
chemin, au lieu de les forcer à prendre le nôtre, si on les aime
pour ce qu'ils sont, ils feront de bonnes personnes. Et le monde
sera meilleur. C'est aussi simple que ça. C'est aussi difficile que ça.

Que nous soyons, parents, grands-parents, oncles, tantes, éducateurs,
moniteurs, nous avons tous l'occasion de participer au développement
des enfants. Et aucune de nos autres tâches n'est plus vitale que celle-là.

L'avenir de ce monde est entre nos mains. Faisons attention à eux.
Soyons bons avec eux. Tout ce que l'on dit, tout ce que l'on fait à
un enfant a une importance capitale, et une influence énorme.
Le moindre de nos gestes peut les marquer pour longtemps.

De bonne ou de mauvaise façon.
Imaginez si nous redoublons tous d'efforts pour que ce
soit de la bonne. Imaginez le changement que ça ferait dans 10 ans!
Donnons-leur le meilleur de nous-mêmes. Parce qu'ils sont ce qu'on a
de plus précieux.

Pas besoin de faire de miracle. Si on prenait seulement plus de
temps pour les écouter. Nous vivons dans un monde d'adultes où la
voix des enfants est muette. On s'en sert pour vendre des pneus,
des hamburgers ou des agents immobiliers, mais quand est-ce qu'on
les entend vraiment dire ce qu'ils ont en dedans? Et pourtant, ça nous
ferait tellement de bien. D'arrêter toutes nos conversations qui servent
à convaincre, qui servent à aller nous chercher de l'avancement, pour se
mettre à l'écoute de ce que pensent les enfants. On retrouverait un peu
notre innocence, de notre espérance.

Dans la grande toile médiatique, il n'y a peu d'oasis où l'on peut
entendre les gamins s'exprimer. Heureusement il y a 275 Allô
sur la première chaîne de la radio de Radio Canada, du lundi au
jeudi, à 19 heures. L'animatrice Valérie Letarte reçoit les appels
des petits. Et c'est passionnant de les entendre parler.

Ils parlent de ce qu'ils font, de ce qu'ils aiment. Il ne parlent
pas d'argent, les enfants passent au deuxième rang. Les enfants
ne comptent pas vraiment. Et pourtant, ils peuvent nous en montrer
tellement sur la valeur des choses. L'enfant sait que tout ce qui
compte, c'est l'instant présent. Si on le savait aussi, on ne le lui
gâcherait pas. On ne le se gâcherait pas.

Texte paru dans le journal La Presse, le 21 novembre 2004
et écrit par: Stéphane Laporte


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