Mon adoption
Je suis né un
jeudi, 12 avril 1945 à la Maternité Ouellet de
Québec, un hôpital privé. Le lendemain, j'ai été transporté à
la Crèche Saint Vincent de Paul et là, j'ai reçu ce prénom à
mon baptême: Alphège Pasteur, prénom que les autorités m'ont
donné. Et le 29 avril 1948, j'ai été transporté à la
Maternelle de
Neuville, le 14 juillet 1948, j'ai été adopté (par des parents
de
l'Abitibi), le 6 novembre 1950, j'ai été adopté légalement.

J'ai demeuré de 0 à 3 ans, avec les soeurs du Bon Pasteur, de
ce
que je me rappelle, c'est que je me berçait à longueur de
journée et
quand j'ai été adopté, je me souviens un peu de la gare de
Québec.
C'était gros pour moi, un enfant qui n'avait jamais sorti. Le
trajet,
je ne m'en souviens pas, par contre, lorsque je suis arrivé à
l'endroit
où mes parents adoptifs demeuraient, c'était une petite gare
et une
petite ville. Mes parents adoptifs étaient là, je n'avais rien
mangé
durant le trajet et mes parents m'ont acheté une crème glacée,
nous
sommes partis pour aller à leur maison qui était situé dans un
rang,
une maison avec beaucoup de pièces. Ils m'ont reçu comme un
roi, mais
moi j'étais gêné, je ne bougeais pas. Avec le temps cela
allait mieux pour
moi, ma mère m'a dit que lendemain, ils sont venus voir
comment j'allais et
je me suis collé contre elle et je ne voulais plus partir de
là. Ma mère et
mon père ont été des personnes formidables. Ils jouaient par
terre avec
moi, ils ont tout fait pour que je les aime et c'est ce qui
est arrivé. Ils
m'ont donné de l'amour comme ils en avaient à donner. Ils
avaient un autre
enfant qu'ils avaient également adopté avant moi,
c'était une fille. Lorsque
je suis arrivé, elle avait 6 ans et pour moi c'était correct
qu'elle soit là.

Avec mes yeux d'enfants, j'avais l'impression que je me
faisais
garder car j'avais toujours l'espoir que ma mère naturelle
viendrait me
chercher. J'ai ressenti cela jusqu'à l'âge de 9 ou 10 ans. Un
jour, j'ai
compris que ma vraie mère ne viendrait pas, alors je me suis
refermé
sur moi, juste pour vous le démontrer, lorsque je me blessais,
si je le
pouvais, je ne disais rien. Nous habitions sur une terre et
mon père
gardait des animaux pour lui. Il avait son cheval pour
travailler et pour
moi, il m'avait acheté une vache. Je viens vous parler
d'elle, car c'est
à elle que je racontais toutes mes peines, elle ne bougeait
pas durant
le temps que je lui parlais. Je lui racontais tout, comme à
une personne.
Je lui parlais de ma mère naturelle, de ce que je vivais. Je
savais qu'elle
ne répèterait jamais rien à personne de tout ce que je lui
racontais. Et
lorsque mon père l'a vendu, ce fût une autre séparation pour
moi. Je me
suis refermé sur moi-même encore plus. Je ne pouvais plus
raconter mes
peines. Cela m'a dérangé à mon école et dans tout.

Aujourd'hui, ça va mieux, mais je suis quand même resté avec
des séquelles. Vers l'âge de 15 ans, mon père a eu un offre de
travail à Chapais et nous sommes déménagés là. Oh! quelle
surprise,
moi qui était habitué d'avoir un grand terrain et là, une
toute petite
cour et en plus je perdais tous mes amis(es). Là, c'est vrai
que je me
suis retrouvé seul dans mon coin. Les nuits, je regardais
dehors par la
fenêtre et je pleurais. Je ne disais rien à mes parents
adoptifs car
j'avais peur de leur faire de la peine. Vers l'âge de 40 ans,
j'ai tout
dit à ma mère, elle m'a dit: " Tu aurais dû nous le dire et
nous serions
retournés ". Cela m'a fait chaud au coeur, ils auraient tout
fait pour moi.
Ils ont été des parents en OR. Mes parents naturels me
manquent toujours
ainsi que frères, soeurs, tantes, oncles, etc...
Suite