Un dur combat


 

Ce matin du 6 janvier 1997, il fait très froid.
Le verglas et la neige ont recouvert notre région durant le week-end.


Je viens de recevoir un appel téléphonique qui me peine profondément .
Madame M. est décédée ce matin à l'hôpital . Son combat admirable est terminé



Une très douloureuse polyarthrite invalidante avait envahi
tout son corps, depuis plus de 30 ans. Elle allait avoir 79 ans.
Madame M. laisse un fils fortement handicapé de 45 ans.



Madame M. avait une terrible hantise:

"Que va devenir mon fils lorsque je ne serais plus là ?
Il ne pourra pas rester seul à la maison disait-elle? ".



Parfois Madame M. se révoltait car sa maison ne "tournait"
pas comme avant. Elle avait eu du mal à nous accepter
ma collègue et moi. On lui avait pris son ménage, ses habitudes
de travailler, sa " façon de faire ". C'était terrible pour elle
de se faire aider, de ne plus pouvoir travailler seule.
Quelle épreuve pour une femme !




Mon  attention, ma patience arrivaient à la calmer;
je lui prenais souvent la main toute déformée et douloureuse
et je la regardais dans les yeux; sa lucidité, son état d'esprit
vif me rassurait car je savais que mentalement, elle conduirait
sa barque jusqu'au bout.




J'ai toujours admiré les yeux bleus de Madame M., vifs et pétillants,
c'était là que restaient sa force et sa puissance.
Et puis sont arrivés les derniers jours, l'épuisement approchait à grands pas.
Lors de la visite de ma collègue à l'hôpital, Madame M. lui a dit:

" Moi, je crie et après c'est fini !
"Émouvant pardon, n'est-ce-pas, devant ses anciennes colères?.
Josette est repartie avec un immense chagrin.




Ce regret au seuil du grand départ mérite forte réflexion et méditation,
retenons que notre soutien,  notre écoute, notre patience, notre tolérance
et notre compassion doivent constituer l'essentiel de ce
que veut dire l'AIDE .
Cet adieu de Madame M. restera inoubliable,
nous avions fait notre possible toutes les deux, ma collègue et moi
 pour réaliser une chaude présence près de ce foyer si durement touché.




Alors en sa mémoire, gardons espoir et courage pour l'avenir
 et pensons sans cesse : " gens exigeants, gens souffrants ".
La colombe est partie aussi depuis je m'occupe toujours du fils.
J'ai 56 ans maintenant, je suis encore en bonne forme,
j'ai 12 personnes par semaine à aider.



Je travaille un dimanche sur 4 , j'ai ma belle mère dans une maison de retraite,
une mère qui fait de la confusion mentale et bientôt 5 petits enfants,
2 petites chipies sont attendues pour mai, de cousine.
Nous avons 2 petits garçons et une petite de  6 ans et demi.
Ma famille, c'est ma raison de vivre et d'aider les autres.

Parfois, je demande à Dieu  de me garder la force et la puissance,
surtout et surtout de cultiver sans cesse les fruits de l'esprit,
pas facile dans ce monde si difficile.

 "J'ai de la force pour tout grâce à celui qui me donne de la puissance".
(philipiens 4.13)

Merci Dominique pour ce témoignage.


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