Jo Suanne
(suite)


Je me souviens…d’avoir eu peur de ne pas avoir l’argent nécessaire
 pour te mener à ton dernier repos et que c’est ta grand-mère,
qui a du mal à parler de toi aujourd’hui, qui en a réglé la facture.
Je me souviens …de l’avoir entendu dire que cela avait été pénible
 pour elle d’être si loin en attente de nouvelles à ce moment là.
Je me souviens… de Sarah qui m’avait accompagné ce jour là
et qu’elle a eu l’impression, à l’annonce du verdict,
d’avoir reçu une tonne de briques sur la tête.



Le lendemain en attendant le début du travail de l’accouchement,
 Véronique et moi on s’en allait dehors quand nous avons aperçus
Elizabeth et Catherine. Moi qui ne m’attendais pas à voir Catherine,
comment te dire à quel point cela m’a fait chaud au cœur,
il y avait un ange de plus pour nous accompagner dans ce moment
important sur le chemin de nos vies.
Je me souviendrai toujours de ce que j’ai lu sur son visage et
dans son regard et à quel point cela m’a touché.
Elizabeth et Catherine m’avaient apporté des présents  pour toi,
ton petit chat de peluche avec le petit ange dauphin que
j’ai placé dans ton premier et dernier lit près de toi.




Et le présent de Véronique, un ange pour porter ta lumière dans
mon cœur que je garde près d’une photo de toi.
Je me rappelle… quelques mois auparavant, 
le lit que je t’ai acheté et le mal que j’ai eu à le monter,
ça m’a pris tout un après-midi mais comme j’étais fière d’avoir réussi.



Sur la porte de ma chambre à la salle d’accouchement,
on a collé une photo d’un papillon qui annonçait ta venue au monde
dans le silence.
Que de papillons on volé ce jour là m’a dit Marjolaine à mon retour,
 elle qui ignorait la signification du papillon.



Entourée de mes anges complices ce jour là, attendant ta venue,
comment te dire que ce fut des moments parsemés de tristesse,
de joie et même de fou rire. L’air perplexe de l’infirmière en tenant ta
suce dans la main et regardant tes effets personnels dont je voulais
te revêtir nous a bien fait rire. Je l’ai rassurée en lui disant que je
savais très bien que je ne t’entendrais jamais pleurer mais comme
la suce avait été acheté pour toi je voulais qu’elle reste près de toi.



Les douleurs de l’accouchement provoqué ont commencées et ma
tristesse venait parfois m’effleurer sachant que je n’entendrais
jamais ton premier cri dans ce monde. Mais elle s’effaçait rapidement
car j’avais si hâte de te rencontrer et te serrer contre moi.
Je me rappelle… de la courtepointe de Winnie l’ourson que je t’ai
confectionné dans les derniers mois que j’étais enceinte de toi,
 j’y ai cousu un ruban couleur de l’arc-en-ciel.
Je la regarde aujourd’hui et  je me souviens que j’avais de la
difficulté à m’imaginer t’en envelopper et te bercer comme si ton âme
me murmurait déjà l’annonce de ton court passage dans ma vie.
Je ne me doutais pas à quel point mes rêves étaient pour s’envoler.
Je me souviens … avoir dit dans ma douleur :
 « Plus jamais » et de l’avoir redit.



Comment te décrire à quel point je m’accrochais à l’épaule de Véronique
et Elizabeth et que je plongeais mes yeux dans leurs regards remplis
d’amour et de douceur chaque fois que je ressentais la douleur de ton
arrivée toute proche.
Elles ne peuvent savoir tout le soulagement qu’elles me procuraient et
que j’y puisais ma force à travers leurs yeux.



Quelle joie et hâte intérieure que j’ai ressenti lors de ton passage en moi
vers ta délivrance malgré la douleur de t’enfanter car je savais que
le moment de te rencontrer arrivait.
Le médecin m’a dit de continuer de pousser car l’une de tes épaules était
restée coincé. Elle a de bonnes épaules m’a dit le médecin.
Et que dire de ton cordon qui te liait à moi que le médecin a coupé
et dont tu t’en étais enroulé au cou et autour du pied,
le coupable qui a fermé tes yeux pour toujours.



Ce cordon qui te transmettait la vie à travers moi et qui te l’a enlevé. 
 Je me souviens… que quelques jours avant, quand le médecin a
écouté ton cœur, il battait à 160.  Je me souviens… comment une semaine auparavant,
Pierre le chum de Catherine me taquinait en disant qu’il viendrait pour
couper ton cordon lors de ta naissance.
Catherine et Pierre étaient restés cette fin de semaine là avec moi au
cas où tu te déciderais à te manifester.
Je me souviens… après comment Pierre qui m’avait gentiment taquiné,
a eu du mal à me regarder  sachant ce qui nous était arrivé.



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