Combien de temps me reste-t-il?
(Le marchandage)


Il faut que je mette fin à ces accès de colère.
Ça n'améliore pas ma santé. Au contraire, j'ai
l'impression de m'enfoncer davantage.

Les malheurs qui m'arrivent me font penser à la
terre. Si, dans une rage impuissante, je la frappe du
pied, elle se fait sourde et hostile. Mais si, au lieu de
la frapper, j'y dépose un grain, alors la terre répond
par une fleur ou un épis.

Les grandes souffrances, quand on y sème un grain,
donne des fruits extraordinaires. N'a-t-on pas vu
jaillir une résurrection du désastre de la croix, simplement
parce que quelqu'un avait fécondé la souffrance de ce désastre?

Je me suis donc résolu à négocier plutôt qu'à enrager.
J'ai rencontré mon médecin aujourd'hui pour lui demander
combien de temps il me restait à vivre.
"Dites-moi la vérité, docteur! J'aime mieux savoir ce qu'il
en est. Je ne peux pas dire qu'il ait été limpide".
Ça dépend de beaucoup de facteurs, m'a-t-il répondu.
Il faut voir comment votre corps va réagir à la chimiothérapie.
De plus, votre santé morale et psychologique a une grande influence...

C'est clair comme de l'eau de roche!
Il ne sait pas!
Alors, j'ai demandé au médecin qu'il me permette de
retourner à la maison.
J'aime mieux mourir chez moi, entouré des miens,
qu'à l'hôpital.
Cet endroit me semble tellement étranger, hostile, anonyme...

Si ma guérison dépend en partie de mon moral, c'est à la
maison que vais rebâtir ce moral.
Il m'a donné congé.
Ça m'a semblé trop facile.
Aurait-il jeté la serviette?

Seigneur, est-ce le début de la fin?
J'ai si peur...


Suite
Retour      Accueil