Je ne l'accepte pas
(La colère)


Aujourd'hui, j'ai les nerfs à fleur de peau.
J'ai beau essayer de comprendre ce qui m'arrive,
je me heurte toujours à l'impasse.
Oui, le goût de vivre est là, et puis après?
Cette maladie m'enlève justement mon bien le plus
précieux: la santé.
Je me sens tellement impuissant.
J'ai en moi un corps étranger qui me dévore et
avec lequel je dois vivre.
Je ne l'accepte pas.

La colère monte en moi à cause de cette incapacité
à diriger mon avenir.
Comme l'orage qui affirme sa puissance en roulant ses tonnerres,
je sens une rage aveugle, incontrôlable, désordonnée qui m'envahit
et qui ne me dit rien qui vaille.
J'ai peur de moi en ces instants.

Une fois cette colère déchaînée, il ne reste souvent en moi
que ruines et dévastations.
J'ai le goût de me défouler sur quelqu'un, d'ouvrir
toutes grandes les vannes qui bloquent mes frustrations
et mes révoltes.
J'ai envie de traduire l'angoisse qui me ronge par
des cris et des gestes violents.
Il me semble que ça me soulagerait, me ferait du bien.
D'ailleurs ne dit-on pas que, passé l'orage,
l'air se fait plus léger?

Quand l'infirmière est venue, tout à l'heure,
je l'ai envoyé promener.
Je lui ai rappelé méchamment son erreur de l'autre
jour: la bouteille de Citromag!
La pauvre! Elle a payé pour les autres.
Elle faisait peine à voir... Elle a rougi...
Elle se sentait mal à l'aise et j'ai volontairement
insisté sur son incompétence.

Elle a alors quitté la chambre précipitamment.
Les dégâts sont faits... Il me faudra bien les
réparer, s'ils sont réparables...

Il y a des mots, jetés dans la colère,
qu'on ne rattrape jamais plus.
Enfin, je vais quand même essayer de
m'excuser tout à l'heure.
Je sais bien que ma véritable force demeure
toujours celle que j'exerce sur moi-même.

Seigneur, apprends-moi la douceur et la patience.


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