Un pied dans la tombe
(Le passage)


On a transporté mon corps au salon funéraire.

C'est drôle: la dernière chose que j'aie réussi à faire sur
sur cette terre, avant d'être dessous, c'est de réunir les vivants
à l'occasion de ma mort.

Combien de cousins se sont retrouvés autour de mon corps;
combien d'amis, de connaissances qui ne s'étaient pas revus
depuis longtemps et qui se rencontrent à mon enterrement?

La famille, l'amitié, les liens de toutes sortes, les souvenirs
communs, le sentiment du temps qui passe, tout cela émerge
dans la solennelle présence de ma mort. Ils ressentent tout cela
avec beaucoup de force.

C'est comme si, avant de quitter pour la dernière fois ma maison,
je les avais invités à m'accompagner quelques instants encore pour
parler des choses belles et graves de la vie.
Je les aime beaucoup en cet instant béni.
C'est une suprême réussite que de les avoir tous réunis.

J'entends déjà certaines conversations derrière le
convoi funèbre et je trouve qu'il y a de belles réflexions
qui se perdent.
Certains me plaignent et disent: Pauvre Jean-Marie!
S'ils savaient combien, en cet instant précis, je ne suis
justement ni pauvre ni malheureux.

Seigneur, puis-je te demander d'éclairer leur vie à tous
pour qu'elle soit remplie de ta présence amoureuse?


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