Un jour à la fois
(Au seuil de l'inconscience)

Je ne peux plus faire grand chose. Je n'essaie même plus
de prier. Je n'en ai plus le goût.
Mon nom n'est que souffrance.
Comme le Christ en croix, je dis:

Tout est consommé.

Je me sens partir vers l'au-delà. Mon épouse est
auprès de moi: elle est ma seule consolation.
Elle est là et me lit un beau passage d'un livre de
Valley Zéléna qui trouve malgré tout un écho dans mon coeur:

Le Créateur tient dans sa main une orange belle et sans défauts.
Quand un enfant naît, il coupe le fruit en deux et lui donne l'une
des moitiés. Ensuite, quand un deuxième enfant, du sexe opposé,
vient au monde, il lui offre l'autre moitié. Peu importe où naissent
ces deux enfants, cela peut être aux antipodes... Ils sont irrésistiblement
attirés l'un vers l'autre et quand enfin ils se rencontrent, si les deux
moitiés sont identiques, elles se soudent et rien ne peut les séparer.
Alors, ce couple vit le Grand Amour...
Tu vois, nous sommes chacun l'autre moitié de l'orange.
La mort détruit la vie, mais pas l'amour: quand l'une des moitiés
s'endort, l'autre devient la gardienne de l'orange tout entière...
pour l'éternité... n'est-ce pas merveilleux?

Nous nous sommes tellement aimés, n'est-ce pas ma femme?
Je sais que tu seras gardienne de ma vie... que je continuerai à
vivre dans ta pensée. Rien ne pourra nous séparer. Je t'aime tellement.

Oui, mon amour, oui nous nous sommes beaucoup aimés. Je t'aime
et t'aimerai toujours, jusque dans l'éternité.

Des larmes coulent lentement sur mes joues.

Depuis quelques instants, j'ai sombré dans l'inconscience.
Le moment du grand départ est enfin arrivé. Je ne lutte plus...
Il me semble simplement entendre la voix de ma femme qui me
chante une douce chanson:

Un jour à la fois, ô mon Dieu, c'est tout ce que je peux donner,
tu m'as donné la foi pour changer ma vie, et je crois en toi.
Hier n'est plus, ô mon Dieu, et demain, n'est pas encore là,
si je ne le vois pas, assiste-moi, un jour à la fois.


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