Le premier jour du reste de ma vie
(La phase terminale)


Que c'est dur de mourir à petit feu.
C'est long, c'est pénible, c'est souffrant pour moi,
pour mon entourage, pour tout le monde.
Je vois mon épouse vieillir à cause de la maladie.
Quelques cheveux blancs et des cernes sous les yeux
lui sont apparus.
Elle maigrit... ça m'arrache le coeur de la voir ainsi.

Quand mon corps me déchire l'âme, j'implore mon épouse.
"Donne-moi donc un coup de masse que ça finisse!"
La nuit, c'est pire. Je pleure en appelant ma mère au secours.
Alors mon épouse me dit:
"On va dire un chapelet, mon chéri."
Et le chapelet s'égrène en rosaire jusqu'à l'apaisement,
jusqu'à la somnolence qui vole un peu d'inconscience à
l'enfer du mal.
Cette litanie des Je vous salue Marie soutient ma foi.

Je sens la mort venir...
Je pense que nous devrions nous arrêter plus souvent
pour réfléchir à ce sujet, ça nous donnerait de la distance face
à ce qu'on vit tous les jours.
Aujourd'hui, c'est le premier jour du reste de ma vie.
Mourir à petit feu, c'est long, c'est vrai, mais vivre à petit feu
Est-ce mieux?
Si je gaspille ma vie, à qui sert-elle?
Mieux vaut y mordre à pleines dents pendant qu'il en
est encore temps.
Vivre intensément, c'est me donner des richesses d'éternité.
Vivre avec acharnement, c'est donner un sens à ma mort...
pour que je n'aie pas le regret d'avoir eu un coeur vide.

Seigneur, tu as connu des instants de grande souffrance durant
ton agonie, et il me semble que tu es en train de revivre ces
moments pénibles en moi.

S'il te plait, que ce calice s'éloigne de moi...
Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne, que ta volonté soit faite.


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