
Heureux ceux qui souffrent
(La phase terminale)
La dernière fois que je suis allé consulter le médecin,
il m'a appris que j'étais en phase terminale.
Il m'a donné le choix entre rester à la maison ou entrer
à l'hôpital. J'ai choisi la maison pour ce qu'elle représente
d'amour et d'affection, pour mon épouse, les enfants, l'entourage...
Je vais y rester le plus longtemps possible... tant que la douleur
sera supportable. Quand j'entrerai à l'hôpital, ce sera pour mourir.
Je m'aperçois tout à coup, combien je tiens à l'amour de mes
proches. Cet amour est plus important que mon éventuel bien-être
physique à l'hôpital.
Je comprends aussi que plus j'aurai aimé, plus grande sera ma
résistance face à la mort. J'appréhende beaucoup cette rupture.
Moi qui me trouve déjà lâche face à la douleur physique, comment
serai-je face à la douleur psychologique?
Bien sûr, il faut combattre certaines souffrances et toute la
médecine s'y applique.
Par contre, il existe des souffrances qu'il faut accueillir et
installer dans la joyeuse compagnie de ses trésors vivants.
Si je ne souffre pas à cause de l'amour, c'est que je ne sais pas
ce que signifie vraiment aimer.
Ne pas souffrir à cause de l'amour, c'est ne pas vivre.
Tu nous a dit un jour, Seigneur:
Heureux ceux qui souffrent, car ils seront consolés.
Et tu as dit encore:
Heureux ceux qui pleurent.
Heureux ceux qui ont de grands, de profonds et de terribles
chagrins d'amour.
Toi-même, tu en as eu à cause de nous, tu en as à cause de moi.
Tu en as justement parce que tu es le plus vivant de nous tous.
Seigneur, puis-je te dire moi aussi que je t'aime!
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