Une question de sens
(La sérénité)

Cette nuit, je n'arrive pas à dormir.
Il est trois heures du matin, mon épouse vient me rejoindre
près de la fenêtre du salon.
Sa main me caresse le dos, les épaules...
Elle entre tout doucement dans ma méditation.

Elle s'est mise à parler, tel un prolongement de ma pensée;
Après l'hôpital, quand je quittais ta chambre pour gagner les
rues de la ville, j'avais l'impression de passer d'un monde à un
autre.
Là-haut, toi et des centaines de malades étiez dans l'attente
d'une guérison longue à venir.
En bas, je voyais des gens affairés, se précipitant à leurs
occupations, à leurs amours et à leurs jeux.
Là-haut, des réflexions sans fin sur le sens de la vie et de la
souffrance.
En bas, des courses sans fin vers un but imprécis.
Deux mondes qui me semblaient étrangers l'un à l'autre,
et qu'habitait pourtant la même espèce humaine.

L'accident et la maladie, mon amour, sont à l'affût de chaque
existence et peuvent nous faire passer, en quelques minutes,
d'un monde à l'autre.
Que dire à ceux qui souffrent?
Que te dire à toi, mon amour?
J'ai parfois l'impression que mon silence te rejoint
davantage que toutes mes paroles encourageantes.
Je suis si démunie face à ta maladie.
À vouloir trop en dire, je risque de te blesser.

À mon tour, j'ai essayé de verbaliser ce que je ressentais:
Tu sais, ce qui compte, pour moi, c'est de sentir que tu ne
m'abandonnes pas, que tu espères avec moi et que tu m'aimes
plus que jamais. J'ai parfois l'impression d'être le plus vivant des
hommes, parce que je sais, mieux que beaucoup d'autres, ce qu'est
la vie.

Nos larmes coulent. Nous vivons un moment d'intense communion.

Et toi, Seigneur, tu es là... bien présent.


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