
Qui perd gagne
(L'acceptation)
Mes réflexions ressemblent à une interminable litanie
de gémissements et de récriminations. C'est vrai que la maladie
me pousse souvent à la morosité.
Pourtant, à certains moments, je découvre encore les beaux
côtés de la vie.
Voici un bon exemple:
Ce soir, mes deux enfants chéris, m'ont proposé
de jouer aux cartes avec eux.
Il faut dire que je suis très mauvais perdant.
En jouant avec eux, je parviens souvent à oublier
complètement mon mal durant une heure ou deux car je crois
bien que, même sur mon lit de mort, j'essayerai toujours de gagner.
Seulement, mes enfants sont rusés. Comme je gagne la plupart du
temps, ils ont changé les règles du jeu.
Ils m'ont dit:
Papa, on joue à qui perd gagne.
Ça va pas non? Pas question!
Ils ont tellement insisté que j'ai dû abdiquer.
Ce qui devait arriver arriva:
j'ai gagné... donc j'ai perdu!
Cette petite expérience m'a fait réfléchir.
Je me suis dit qu'on organisait des cours du soir dans
toutes sortes de domaines:
pour apprendre les langues, le dessin, l'orthographe,
pour gagner davantage, plus vite et sans effort.
Mais, parmi ces cours, il en manque un:
celui où l'on nous apprendrait à perdre...
Ne serais-ce que pour apprendre qu'inévitablement
on ne gagne pas toujours au grand jeu de la vie.
Il arrive même qu'on y perde souvent.
Dernièrement, j'ai perdu une partie de mes cheveux,
de mes dents, de ma vigueur, de ma santé. J'ai perdu
aussi mes illusions, mes espoirs et, parfois même, mes
amours et mes amitiés.
Toutes ces choses m'ont abandonné malgré tout ce que
j'ai fait pour les retenir.
Gagner n'a jamais été difficile. On ne peut pas en dire autant
quand il s'agit de perdre.
Quand je gagnais, certains m'entouraient, me félicitaient,
m'acclamaient. Quand je perdais, je restais seul.
Quand je gagnais, j'étais plein de confiance.
Quand je perdais, j'étais humilié.
Quand je gagnais, tout allait bien.
Quand je perdais, rien n'allait plus.
Comment saint Paul a-t-il pu dire de sa mort qu'elle lui
était un gain alors que c'est la pire perte, la pire qui soit?
Parce que toi, Seigneur, tu étais sa vie et qu'avec toi, toute
perte devient un gain.
Seigneur, apprends-moi à me perdre en toi...
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