Fiero, le magnifique
 

 

Sujet traité:  Perte d'estime de soi à la suite d'agressions et/ou d'abus sexuels (inceste, etc.)

Situation désirée:  Redonner confiance aux victimes.
Encourager ces personnes à dévoiler leur "secret".
Retrouver l'estime de soi.




Tout jeune paon, j'ai toujours vu oncle Cachou se promener sur notre
territoire comme s'il était chez lui. Il connaissait mes parents depuis
fort longtemps et ces derniers avaient pleine et entière confiance en lui.
Il habitait tout près de chez nous. Il était donc naturel que ce soit lui qui
me surveille et assure ma protection lorsque mon père et ma mère devaient
s'absenter.

Once Cachou était un paon que tous admiraient et vénéraient et jamais sa
parole n'était mise en doute. Au début, je m'entendais bien avec lui et ensemble
nous nous amusions beaucoup. Il m'amenait sur le bord de la rivière et nous sautions
dans l'eau. Parfois, il faisait la roue avec sa queue extraordinaire et elle éclatait de
mille feux sous les rayons du soleil. Il aimait bien aussi que je place la mienne en éventail;
il disait qu'il trouvait mon plumage admirable.

Comme j'avais pleine confiance en lui, il était normal que je lui fasse plaisir en
acceptant de faire les petits câlins qu'il me demandait. Il disait que ce que nous faisions
ensemble devait être notre secret et que je ne devais en parler à personne. Puis les sollicitations
se sont faites de plus en plus pressantes et aussitôt que je me retrouvais seul avec lui, il me demandait
d'échanger différentes caresses avec lesquelles je ne me sentais pas du tout à l'aise. Il me disait
que si je racontais quoi que ce soit à quelqu'un, je le regretterais beaucoup car un malheur
terrible pouvait se produire.

J'avais bien trop peur et je me sentais trop coupable pour en parler à qui que ce soit.
Par la suite, chaque fois que je refusais de me plier à ses exigences, il m'obligeait à le
faire en arrachant des plumes au bout de ma queue. Ça me faisait très mal mais personne
ne s'en apercevait car je n'osais plus mettre ma queue en éventail. Je ne me risquais pas
non plus à en parler à mes parents parce que je pensais qu'ils ne me croiraient jamais.

J'avais honte de moi et je me sentais sale. Lorsque je me promenais dans la forêt, j'avais
l'impression que tous les animaux me regardaient avec un air accusateur. J'étais très triste
dans mon coeur et lorsque mon père me demandait ce qui n'allait pas, je lui répondais que tout
fonctionnait très bien. J'avais beaucoup de misère à m'endormir le soir et souvent je ne me
pas bien.

De plus, mes amis me fuyaient car je n'étais pas toujours gentil avec eux. J'étais très
découragé et je ne savais plus quoi faire. Un jour, alors que je pleurais silencieusement au
pied d'un immense sapin, je fus très étonné d'apercevoir à mes côtés la petite colombe Lumina
que tous appréciaient pour sa sagesse. Elle s'adresse à moi en ces termes:
"Tu sembles avoir beaucoup de peine" dit-elle simplement.
Désespéré, j'éclatai alors en sanglots et je finis par raconter à Lumina les détails
du drame que je vivais.

"Ça me fait beaucoup de peine ce qui t'arrive, dit Lumina, mais ce n'est pas de ta faute.
Le seul responsable dans toute cette histoire, c'est Cachou. Tu as bien fait de m'en parler
et je t'admire car il faut beaucoup de courage pour le faire. Maintenant, je vais faire quelque
chose pour t'aider et te protéger. Reste ici, dit-elle, tu es en sécurité; plus tard, je reviendrai
te chercher". Et elle s'envola dans le ciel...

Je suis par la suite qu'elle alla raconter toute l'histoire à mes parents. Pas besoin de vous
dire que mon père entra dans une colère terrible et qu'oncle Cachou fut à tout jamais chassé
du territoire familial. D'ailleurs, je ne le revis jamais plus, mais j'ai entendu dire qu'il fut
sévèrement puni pour ses agissements.

Ce fut avec mon papa et ma maman que la colombe revint me chercher et en lisant toute la
compassion dans leurs yeux, je sus immédiatement qu'ils ne m'en voulaient pas. Ils me répétèrent
à peu près les mêmes choses que m'avait dites Lumina et ils me serrèrent très fort...

Mais le cauchemar n'était pas fini pour autant. Souvent, je me sentais mal et j'étais triste.
Heureusement, mes parents m'encourageaient et Lumina était très gentille avec moi. Plusieurs
fois, par la suite, je lui reparlai de ce que je vivais et elle me donnait toutes sortes de conseils
bien utiles. Je repris de plus en plus d'assurance et regagnai peu à peu la confiance de mes amis.
Les plumes de ma queue repoussèrent lentement et mon plumage redevint soyeux.

Ma joie de vivre, que je croyais disparue, recommença à se faire sentir, et j'appris à vivre
avec cette blessure intérieure qui s'atténua peu à peu. Je crois que ce qui m'est arrivé m'a aidé
finalement à "grandir" en dedans de moi.

L'année suivante, à la suite de la parade traditionnelle des paons, on me surnomma Fiéro le
magnifique pour l'éclat du plumage de ma queue.


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